Les femmes et la science

06/03/2018
Auteurs : Marc Leconte
Publication REE REE 2018-1
OAI : oai:www.see.asso.fr:1301:2018-1:22474
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Les femmes et la science

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126 ZREE N°1/2018 ❱❱❱❱❱❱❱❱❱❱❱ RETOUR SUR Marc Leconte Membre émérite de la SEE Depuis les débuts de l’histoire humaine, les femmes ont eu trop souvent un rôle social secondaire. En effet, dans la littérature anthropologique, elles ont été long- temps confinées à la maternité et aux activités domes- tiques. L’influence des religions a souvent accentué cet effacement. L’histoire politique, de l’Antiquité à nos jours, a cependant gardé quelques noms de femmes influentes sinon dirigeantes qui ont pu exercer une ac- tion remarquable lié à un contexte particulier. De tout temps, certaines ont également exercé leurs talents de conseillères, inspiratrices de philosophes, artistes ou savants mais généralement bridées dans leurs activi- tés, reléguées dans l’ombre des hommes et exclues des milieux intellectuels et politiques. Cet ostracisme a été longtemps alimenté par les intellectuels et philosophes. Aristote indiquait par exemple, que les femmes étaient des êtres infé- rieurs, sans logique ni intelligence. Cette opinion était généralement répandue et ne changea guère au Moyen Age et à la Renaissance. Quand les universités naissent en Europe, comme la Sorbonne en 1257, les femmes en sont exclues. Celles qui acquièrent par elles-mêmes quelques connaissances sont souvent pourchassées et traitées de sorcières. S’agissant du cas des femmes de science, il semble qu’elles étaient jadis très peu nombreuses et il est bien difficile de citer de nombreux exemples de femmes ayant marqué l’histoire des sciences. Les femmes pou- vaient tout au plus, avec de la chance, être proches d’un homme de science, père, frère ou mari (voir plus loin Ada Lovelace et Caroline Herschel) et c’est ainsi que, jusqu’au XVIIIe siècle, certaines femmes sont par- venues à laisser des travaux parfois importants. Mais bien souvent, les femmes qui tentent l’aventure de la science sont moquées par les moralistes, comme Boileau qui raille Madame de la Sablière au XVIIe siècle, première femme à animer un salon scientifique, pré- tendant qu’elle a ruiné son teint en suivant Jupiter avec un astrolabe. Ces préjugés et clichés perdureront tout au long des siècles qui suivront. Faisant fi de ces difficultés et de ces préjugés, nous allons cependant évoquer quelques femmes de science remarquables, de l’Antiquité à nos jours, avant de nous intéresser à l’évolution fondamentale de l’éducation intervenue à la fin du XIXe siècle. La scientifique de l’Antiquité tardive : Hypatie (370-415) Fille du philosophe Théon, conservateur du musée d’Alexandrie, Hypatie est reconnue comme la pre- mière femme de science. Son père assure lui-même son éducation et elle se montre d’une grande intel- ligence. Après un séjour à Athènes pour compléter sa formation philosophique, elle revient à Alexandrie et écrit plusieurs ouvrages d’astronomie et construit plusieurs appareils scientifiques dont un astrolabe. Elle devient célèbre et donne des cours et beaucoup viennent de loin pour l’écouter. Tout cela finira mal en vertu de ce que nous avons exposé plus haut. L’évêque local entrera en conflit avec le préfet païen et sa conseillère Hypatie sera horriblement assassinée par une bande de chrétiens fanatiques, meurtre qui demeurera impuni. Le temps difficile des pionnières jusqu’au milieu du XIXe siècle C’est d’abord Laura Bassi, qui enseigne la pre- mière la physique à l’université de Bologne en Italie en 1733 puis Emilie du Chatelet qui traduit en fran- çais les Principia de Newton en 1756 et puis encore Caroline Herschel, sœur de William, qui devint, dans les années 1820, la première astronome profession- nelle et reçut la médaille d’or de la Royal Astrono- mical Society. En France, à la même époque, l’Aca- démie des sciences récompense la mathématicienne Sophie Germain. Mais, selon les pays et les disciplines, il existe en Europe des situations très différentes. Au début du XIXe siècle, la science se professionnalise, la physique est encore la philosophie naturelle dont Newton a écrit les principes mathématiques et en Angleterre se développe une culture scientifique qui n’est pas seulement académique mais qui touche la société sous la forme d’académies dissidentes. Les grandes universités, comme Cambridge ou Oxford, sont angli- canes, elles ne sont pas ouvertes à tout le monde et diffusent un enseignement traditionnel fondé sur la Les femmes et la science REE N°1/2018 Z 127 Les femmes et la science logique d’Aristote et la géométrie euclidienne. C’est une pé- riode particulière, marquée par la révolution industrielle (1780- 1850) qui n’est pas suivie par les institutions universitaires et un risque de rupture apparaît entre le monde industriel et académique. Les mathématiciens dits algébristes, comme Babbage, auront à cœur de réconcilier les académiques et les ingénieurs. Mary Somerville et surtout Ada Lovelace vont exercer leurs facultés exceptionnelles au service des sciences et des techniques dans ces deux mondes. Mary Somerville (1780-1872) Fille d’un amiral écossais, Mary Somerville reste illettrée jusqu’à l’âge de 10 ans car sa mère lui a simplement appris à lire mais pas à écrire. Un peu plus tard, elle lit un article sur l’algèbre et se découvre alors un intérêt pour les sciences. Elle apprend le latin en cachette pour pouvoir lire Euclide dont elle a entendu le nom. Ses connaissances se renforcent par la découverte des livres de son père sur la trigonomé- trie et l’astronomie. Sa famille s’inquiète pour sa santé et la force à se marier avec un cousin, Samuel Grieg, capitaine de marine russe misogyne qui aura le bon goût de décéder rapi- dement en 1807 en laissant un héritage conséquent. Mary épouse un autre cousin, William Somerville, qui, lui, reconnaît les grandes qualités de sa femme. Le couple s’installe à Londres et fait bientôt parti des milieux intellec- tuels de l’époque. Mary va traduire la mécanique céleste de Pierre Simon Laplace, elle vérifie les calculs et ajoute des schémas explicatifs. Après quatre années de travail, l’ouvrage est publié et connaît un immense succès. Mary a rédigé une préface remarquable qui sera éditée séparément et inspi- rera John Couch Adams, le découvreur de Neptune avec Le Verrier. Mary terminera sa vie en étudiant la géophysique et en se joignant aux premiers combats des femmes. Elle sera l’une des toutes premières vulgarisatrices des sciences. C’est par son intermédiaire qu’Ada Lovelace va rencontrer Charles Babbage. Ada Lovelace La fille de Lord Byron et d’Annabelle Milbanke, une intel- lectuelle qui s’intéressait aux mathématiques, est née le 10 décembre 1815. Ada Byron fut élevée par sa mère qui s’était séparée de son père car elle ne voulait pas qu’elle suive son exemple déplorable à ses yeux. Elle donna à sa fille un ensei- gnement très approfondi en sciences, ce qui était inhabituel pour une fille de la noblesse. En 1835, Ada épouse William King qui devient trois ans plus tard comte de Lovelace. En 1839, Ada, après trois grossesses difficiles, décida de se consacrer aux mathématiques. Ada, qui a rencontré Charles Babbage chez Mary Somerville en 1833, lui demanda un tuteur en mathématiques qui sera Auguste de Morgan. Charles Babbage, considéré aujourd’hui comme le père des ordinateurs était un mathématicien formé à Cambridge également en quête d’innovations techniques et de machines qui réduisaient les opérations humaines. Ces machines pou- vaient servir à automatiser des calculs pour la navigation et l’astronomie. Ada, passionnée par les machines de Babbage, devint son amie et après son enseignement de l’algèbre par de Morgan, participa à son grand projet de « machine analytique ». Au début du XIXe siècle, l’algèbre n’est pas une science, n’étant pas construite de manière déductive comme la géométrie. Les algébristes veulent lui donner une structure sans renoncer à l’expérience. La machine analytique de Babbage est la maté- rialisation de l’analyse algébrique dans son ensemble. Ada commença à travailler sur la machine analytique par l’intermédiaire de Charles Wheatstone qui supervisa durant neuf mois entre 1842 et 1843 la traduction du français en anglais de l’article d’un jeune chercheur qui la décrivait. Ada ajouta au document originel plusieurs notes importantes qui donnèrent au texte une profondeur supplémentaire qui impressionna Babbage. Dans l’étude détaillée de la machine, Ada avait inventé la démarche algorithmique avec des cartes Illustration 1 : Mary Somerville - Source newscientist.com Illustration 2 : Ada Lovelace avec en arrière plan, le tableau algorithme qui décrit les opérations à effectuer par la machine analytique de Charles Babbage. 128 ZREE N°1/2018 ❱❱❱❱❱❱❱❱❱❱❱ RETOUR SUR perforées (connues dans les métiers à tisser) contenant des données et des instructions et les résultats se trouvaient dans le magasin de cartes perforées en sortie. Ada mit au point le premier programme d’algorithmes permettant de calculer la suite des nombres par récurrence de Bernoulli. Ces travaux étaient prémonitoires de l’informatique qui se développera un siècle après. Mais la machine ne fut pas construite à la suite de l’arrêt des subventions du gouvernement. Pour financer son projet sur fonds propres, Ada utilisa le calcul des probabilités pour gagner de l’argent aux courses de chevaux mais ce fut un échec ; elle s’endetta lourde- ment et la construction de la machine analytique n’aboutit pas. Le 27 novembre 1852, Ada Lovelace décéda des suites d’un cancer à 36 ans. Elle souhaita être enterrée près de son père l’illustre Lord Byron. Le langage de programmation ADA utilisé aujourd’hui dans les technologies automobiles et aéronautiques est un hommage à Ada Lovelace, la lady de l’informatique. L’enseignement s’ouvre (enfin) aux femmes En France, les salons des marquises et comtesses rassem- blaient beaucoup de scientifiques au XVIIe et XVIIIe siècle. La Révolution française ferma ces salons considérés comme aris- tocratiques et ils ne furent pas rétablis au début du XIXe siècle. On continuait de penser que les sciences n’étaient pas faites pour les femmes et que, si l’une d’elle essayait d’apprendre les sciences, elle tomberait malade. Les choses changèrent petit à petit au cours du XIXe siècle, de manière différenciée selon les domaines. Les femmes de sciences qui réussirent à émerger étaient de souche aisée et avaient bénéficié d’un enseigne- ment particulier. Les enseignements secondaire et supérieur n’étaient pas ouverts aux jeunes filles. En France, cet état de fait évolua. En 1868 l’enseignement supérieur fut ouvert aux jeunes filles, mais comme il n’y en avait pas dans le secondaire, l’université n’en comptera que très peu. Il faudra attendre 1881 pour que les jeunes filles soient admises aux études secondaires. A partir de ce mo- ment, l’égalité des hommes et des femmes connaît un début de réalité, mais les mentalités forgées sur plusieurs siècles seront très longues à évoluer. L’université française cepen- dant donnera leurs chances aux jeunes filles françaises et étrangères dont l’une d’entre elles vers la fin du siècle devien- dra très célèbre : Marie Curie. La saga des Nobel : Marie Curie Marya Sklodowska naquit le 7 décembre 1867 à Var- sovie en Pologne qui vivait alors sous la domination russe. La famille comptait déjà trois filles et un garçon. Son père Wladyslaw Sklodowski avait obtenu un diplôme à l’université russe qui lui permettait d’enseigner les mathématiques et la physique dans une école d’Etat. Sa mère, issue d’une famille noble ruinée, était directrice d’un pensionnat de jeunes filles au sein duquel la famille occupait un logement de fonction. Il était difficile d’être polonais dans ces années-là, car le Tsar voulait russifier le pays, l’enseignement et l’usage du po- lonais étaient interdits. En 1873, Wladyslaw perdit son poste, retrouva un emploi de surveillant avec une petite charge d’enseignement mais la famille vit alors dans une grande pauvreté. La sœur de Marya, Sofia, mourut du typhus en 1876 et sa mère de la tuberculose en 1878. Malgré tous ces deuils, Marya fit de brillantes études secondaires couronnées en 1883 par une médaille d’or. L’entrée de l’université était fermée aux femmes, Marya voulait poursuivre ses études tout comme sa sœur ainée Bronia. La seule solution pour les deux sœurs était de poursuivre leurs études à l’étranger. Le rêve de Marya était d’étudier à la Sorbonne. Bronia en donnant des cours réussit à économiser un peu d’argent en vue de suivre des études de médecine en France. Marya fit de même par des cours d’arithmétique, de géométrie et de français. Mais ses économies ne furent pas suffisantes et Marya proposa alors à sa sœur de continuer à enseigner et de lui fournir l’apport d’argent qui lui manquait. Elle prévoyait de la rejoindre plus tard une fois installée. Bronia part donc à Illustration 3 : Pierre et Marie Curie en 1896 – Source : Gallica. REE N°1/2018 Z 129 Les femmes et la science Paris où elle fit des études de médecine, se maria et sept ans après put proposer à Marya de la rejoindre. A l’automne 1891, Marya s’installa à Paris et suivit des cours de mathématiques, physique et chimie à la Sorbonne. Après deux années vécues dans des conditions difficiles voire misérables, elle fut reçue première à la licence de physique. Au cours des vacances d’été suivantes, ses économies étant épuisées, elle craignit de ne pouvoir revenir mais elle obtint une bourse providentielle attribuée aux étudiants polonais méritants. En 1894, elle fut reçue deuxième à la licence de mathématiques, tout en travaillant au laboratoire de Gabriel Lippmann. Elle reçut alors une demande d’étude sur l’aiman- tation de certains aciers. Son ami polonais, Joseph Kowalski, lui proposa de lui présenter un physicien qui avait déjà fait des travaux importants sur l’aimantation, il s’appelait Pierre Curie. C’était un chercheur de l’Ecole de physique et chimie de la ville de Paris. Il avait suivi un parcours atypique, hors des voies royales de la méritocratie française. Avec son frère Jacques, issus tous deux d’une famille d’intellectuels et de scientifiques, il avait découvert l’effet piézoélectrique ainsi qu’un phénomène magnétique fondamental, la loi de Curie, qui énonçait que la susceptibilité magnétique des matériaux était inversement proportionnelle à la température. Dénué d’esprit de compétition et de carriérisme, il répugnait à faire évoluer sa situation, ce qui fait qu’il n’avait pas de poste uni- versitaire. Il rencontra Marya au printemps 1894 et ce fut un coup de foudre réciproque. Ils se marièrent un an après, Marya Slobowska devint Marie Curie. La suite est devenue légendaire et fit du couple une icône de la République. Marie fut reçue première à l’agrégation de physique et se mit à la recherche d’un sujet de thèse. C’était la première femme à préparer une thèse et la première femme docteur en sciences physiques en France. Pour son sujet, Marie était très intéressée par la découverte effectuée quelques années auparavant(1896) par Henri Becquerel d’un rayonnement nouveau qu’il appela uranien car il était issu de sels d’ura- nium. Ces rayons Becquerel, d’origine inconnue, ne passion- naient pas les chercheurs qui ne leur trouvaient pas grand intérêt. Pierre et Marie mesurèrent ce rayonnement sur des mine- rais d’uranium, la pechblende et la chalcidique, qu’ils accu- mulèrent dans leur laboratoire. Grâce à l’électromètre inventé par Pierre, ils purent mesurer précisément le rayonnement des substances et, par des réactions chimiques, Marie réus- sira à isoler des sources de rayonnement de plus en plus actives. Ils découvrirent ainsi deux nouveaux corps très radia- tifs : le polonium, ainsi nommé en hommage à la Pologne de Marie et le mythique radium, un million de fois plus actif que l’uranium. Marie et Pierre passèrent une année à iso- ler quelques décigrammes de radium pur à partir de deux tonnes de minerai brut. C’était le début du XXe siècle, Pierre et Marie Curie venaient de découvrir la radiochimie et, avec le radium, ils purent nommer le phénomène des rayons Becquerel « radioactivi- té ». Dans un article de la Revue générale des sciences, Marie Curie nota en 1899 que la radioactivité était une propriété atomique intrinsèque des corps. La grande question de son origine fut alors posée. Le 10 décembre 1903, l’Académie des sciences de Stockholm annonça que le prix Nobel de physique était attribué pour moitié à Henri Becquerel et à M. et Mme Curie pour la découverte de la radioactivité. Le choix de l’attribution était issu de recommandations de scienti- fiques du monde entier et en fait seuls les noms d’Henri Bec- querel et Pierre Curie avaient été proposés. Pierre avait été averti par une indiscrétion et avait tenu à écrire au jury Nobel expliquant que Marie Curie était indissociable de son travail et même qu’elle l’avait initié. Le prix Nobel rendit célèbre le couple dans le monde entier et dès lors Marie Curie se trouva propulsée au firmament de la physique internationale. Le 15 avril 1906, Pierre Curie fut mortellement blessé par une voiture à chevaux. Pour Marie, la perte de celui qui avait accompagné ses plus grands succès, fut terrible. A la rentrée 1906 elle accepta après beaucoup d’hésitation de reprendre la chaire de physique générale à la Sorbonne créée pour Pierre. Ce fut la première fois qu’une femme accéda à l’enseignement à l’Université. Entourée de ses amis, Paul Langevin, Jean Perrin et Emile Borel, Marie continua à travailler sans relâche. En 1911 elle fut invitée, avec Langevin et Poincaré, au premier congrès de physique Solvay à Bruxelles. Les plus grands noms de la physique internationale étaient là, Max Planck, Hendrik Lorentz ainsi qu’un jeune physicien peu connu à l’international qui allait faire parler de lui, Albert Einstein. Illustration 4 : Premier congrès Solvay de 1911. Marie Curie est assise à côté d’Henri Poincaré à sa gauche et Jean Perrin à sa droite. 130 ZREE N°1/2018 ❱❱❱❱❱❱❱❱❱❱❱ RETOUR SUR C’est à cette époque que sa condition de femme célèbre déchaina une campagne de dénigrement à la suite de la révélation d’une relation avec Paul Langevin. Marie fut insul- tée, traitée de briseuse de ménage, d’étrangère, de polonaise adultère, d’usurpatrice. Heureusement cette affaire n’empê- cha pas le comité Nobel de lui attribuer le prix Nobel de chimie pour l’ensemble des travaux menés sur les corps radioactifs. Elle est à ce jour la seule femme à avoir obtenu deux prix Nobel scientifiques. La découverte du radium et la radioactivité, déjà importante pour le développement de la physique atomique du XXe siècle, fut aussi indispensable en médecine avec la radiothérapie. Un institut du radium fut créé, rue Pierre Curie, comprenant deux sections, l’une consacrée à la médecine, l’autre à la physique et à la chimie qui devint l’institut Curie. Marie s’investira dans la méde- cine de guerre en amenant la radiologie dans les hôpitaux proches du front. Elle créa un service de radiologie mobile en équipant une vingtaine de voitures qu’on appellera « pe- tite Curies ». Au cours des années 20, Marie Curie enseigna, voyagea, donna des conférences et ses efforts visèrent à faire triompher la science. Sa santé se dégrada peu à peu et elle mourut le 5 juillet 1934 d’une leucémie. Prix Nobel de chimie : Irène Curie Irène Curie, fille de Pierre et de Marie Curie naquit le 12 septembre 1897. Son grand père, Eugène Curie, s’occupa d’elle alors que ses parents étaient mobilisés par leurs tra- vaux sur la radioactivité. Elle débuta sa scolarité dans une école privée mais, à la mort de Pierre, les amis du couple Curie, Paul Langevin, Jean Perrin, Emile Borel et Edouard Chavannes décidèrent d’assurer eux-mêmes l’éducation de leurs enfants. Ainsi Irène eut comme professeur de chimie Jean Perrin, de mathématiques Paul Langevin, de langues Edouard Chavannes (professeur au collège de France), de littérature Henriette Perrin et de physique Marie Curie. Irène reçut donc probablement un excellent enseignement. A 18 ans, Irène assista sa mère dans les centres de ra- diologie et devint bientôt autonome au point de former des radiologues. Elle fut décorée de la médaille militaire à la fin de la guerre. En 1925, elle soutint sa thèse en physique sur le rayonnement alpha du polonium. Au cours de ces années, elle rencontra un jeune physicien Frédéric Joliot qui avait été recommandé à sa mère par Paul Langevin, le monde est pe- tit. Ils tombèrent amoureux et se marièrent en 1926. Frédéric soutint une thèse de chimie en 1930 sur l’étude électrochi- mique des radioéléments. Le couple entama une collaboration fructueuse qui faisait penser à celle de la mère d’Irène avec Pierre Curie. Mais Irène était de son temps, féministe, elle revendiquait une union égalitaire dans le mariage sans renoncement à son individualité, comme c’était l’usage dans les années 30. Elle adopta dans ce sens le patronyme Joliot Curie. Dans le travail, Irène et Frédéric étaient complémentaires ; celui-ci était rapide et poursuivait plusieurs idées en même temps, Irène était plus lente, suivant une idée jusqu’au bout de la logique. La physique des années 30 était focalisée sur la structure du noyau. On ne connaissait à l’époque que l’électron et le proton. Une particule encore hypothétique imaginée par Rutherford pour équilibrer la conservation de l’énergie faisait l’objet des recherches des grands laboratoires de physique en Europe. Au congrès Solvay de 1933, le sujet central était la structure du noyau atomique, les Joliot Curie y participaient pour la première fois. En 1934, après avoir fait une mauvaise interprétation d’une expérience pouvant mettre en évidence le neutron, le couple Joliot Curie découvrait un nouveau type de radioacti- vité. En voulant mesurer un seuil d’émission de positons par bombardement d’une feuille d’aluminium par des neutrons, ils constatèrent que certains corps devenaient radioactifs alors qu’ils ne l’étaient pas. Ils venaient de découvrir la ra- dioactivité artificielle. Jusque-là on pensait que les réactions nucléaires ne produisaient que des noyaux existant déjà dans la nature. D’autres existaient probablement mais leur période était si courte qu’il n’en existait pas à l’état naturel. A l’époque de cette découverte Marie Curie était encore la directrice de l’Institut du radium et ce fut avec une joie intense qu’elle assista quelques mois avant sa mort à la découverte capitale qu’avait faite sa fille Irène. En 1935 le Prix Nobel de Physique fut attribué à James Chadwick pour la découverte du neutron et le prix Nobel de chimie aux Joliot Curie pour la découverte de nouveaux éléments radioactifs. Malgré cette récompense la carrière d’Irène sera plus lente dans le système institutionnel français que celle de Fré- déric qui devint professeur au Collège de France en 1937. Illustration 5 : Irène et Fréderic Joliot Curie dans leur laboratoire à l’institut du radium – Source : Gallica. REE N°1/2018 Z 131 Les femmes et la science Cependant, en 1936, le gouvernement du front populaire de Léon Blum proposa un poste de secrétaire d’état à Irène qui démissionna au bout de quelques mois, fatiguée par les atermoiements de la politique sur les budgets. Le couple était proche des communistes, ce qui après la guerre, au commencement de la guerre froide, leur causera bien des désagréments dans leur lutte pour l’utilisation pacifique de l’énergie atomique. Ayant passé une très grande partie de sa vie au contact de la radioactivité, sa santé se dégrada de plus en plus. Elle travailla jusqu’au bout dans son institut et mourut d’une leucémie aiguë à 58 ans. Frédéric lui survivra deux années. Deuxième prix Nobel de physique : Maria Goeppert Mayer Maria Goepper naquit en 1906 en Prusse orientale, à Katowice qui est ironiquement aujourd’hui en Pologne. Elle passa sa jeunesse à Göttingen où elle fit des études de ma- thématiques et de physique, soutint une thèse en 1930 sous la direction d’un des géants de la physique quantique Max Born. David Hilbert, le grand mathématicien, était un ami de ses parents. Elle fit la connaissance d’Enrico Fermi qu’elle retrouva aux Etats-Unis pendant la guerre. Elle rencontra éga- lement un chimiste américain Joseph Mayer avec lequel elle se maria et le suivit aux Etats-Unis. Etabli à Baltimore, Joseph Mayer fut nommé professeur à l’Université John Hopkins et Maria continua à travailler en collaboration avec lui sans recevoir de salaire. En 1939, le couple s’installa à New-York où Joseph Mayer obtint un poste à l’Université Columbia. Maria publia ses premiers travaux puis, pendant la guerre, fut impliquée dans le projet Man- hattan sur la séparation de l’uranium 235 et enfin, en 1946, obtint un poste de professeur à l’Université de Chicago mais bénévole car le règlement interdisait d’embaucher mari et femme. Elle demeura donc bénévole pendant 30 ans. Maria fut ensuite rattachée au laboratoire d’Argonne où elle com- mença à travailler sur la physique nucléaire. A l’institut de physique nucléaire, les recherches s’effec- tuaient sur l’origine des éléments chimiques et sur la ques- tion de l’abondance de certains d’entre eux. Au cours de ses recherches, Maria remarqua que certains éléments très abon- dants étaient associés par leur nombre de nucléons à des nombres que l’on appellera par la suite les nombres magiques. A partir de cette idée elle développa un modèle mathéma- tique qui dévoilait la structure en couche du noyau de l’atome. Cette découverte publiée en 1950, fut couronnée par le prix Nobel de physique en 1963, 60 ans après celui de Marie Cu- rie. Elle partagea ce prix avec un autre physicien allemand, Hans Daniel Jensen, qui découvrit la même chose de manière indépendante. En 1960, Maria fut enfin nommée professeur à temps plein à l’Université de San Diego. Elle mourra en 1972 d’une embolie pulmonaire à l’âge de 66 ans. Le problème des prix Nobel de physique et de chimie. La liste des prix Nobel de physique attribués à des femmes s’arrête là. A ce jour, il n’y a que 17 femmes prix Nobel de science face aux presque 600 récipiendaires masculins. Parmi ces 17, il y en a 12 en physiologie médecine, trois en chimie et deux en physique. L’évocation des quelques pionnières effectuée précédemment, montre que seules des individualités fortes avaient, jusqu’au milieu du XIXe siècle, accès à l’enseignement scientifique ; il était logique que très peu émergent en tant que femmes de sciences. Mais à partir de la fin du XIXe siècle, quand les universités se sont ouvertes aux jeunes filles, les proportions de femmes de science ont lentement évolué. Le prix Nobel, créé en 1901, aurait dû refléter cette progression. Avec Marie Curie, trois ans après Illustration 6 : Maria Goepper Mayer, prix Nobel de physique. Source : thefamouspeople. Illustration 7 : Congrès Solvay de 1933. Lise Meitner est assise à droite au bout de la table. Paul Langevin, assis au coin à coté de Marie Curie, en est le président. 132 ZREE N°1/2018 ❱❱❱❱❱❱❱❱❱❱❱ RETOUR SUR sa création, c’était un bon début, mais cela s’est bien vite arrêté, ce qui souligne d’autant plus la personnalité scienti- fique exceptionnelle de Marie Curie. Force est de constater qu’au XXe siècle, la misogynie par- fois officialisée et socialement admise a été la règle bien que le nombre de femmes dans les filières scientifiques ait aug- menté de manière significative. Récemment, la minimisation systématique de la contribution des femmes à la science a été appelé l’effet Matilda, observé par la militante du droit des femmes Matilda Joslin Gage. Cet effet a été particuliè- rement observable en physique et en chimie avec, comme nous l’avons noté, seulement deux prix Nobel de physique attribués à des femmes et deux en chimie alors qu’il y a aujourd’hui beaucoup de physiciennes et de chimistes. Les jurys ont souvent fait preuve de misogynie et tout simple- ment d’injustice comme l’atteste le cas très emblématique de Lise Meitner. Lise Meitner Le septième congrès Solvay de 1933, moins célèbre que celui de 1927, présente la particularité d’avoir trois partici- pantes féminines comme l’atteste l’Illustration 7. Il est pos- sible de reconnaitre autour de la table, Marie Curie déjà âgée et sa fille Irène devant Frédéric Joliot debout derrière elle. Une troisième femme, assise autour de la table, s’appelle Lise Meitner. C’était une physicienne très brillante qui a été « oubliée » par le jury du Nobel. Lise Meitner naquit à Vienne le 7 novembre 1878 dans une famille juive peu pratiquante. Lise fut attirée très jeune par les mathématiques mais sa condition ne lui permettait pas d’accéder à l’université réser- vé aux garçons. En Autriche à cette époque les filles quittaient l’école à 14 ans pour se consacrer aux travaux ménagers et trouver un mari. Heureusement en 1897 l’Autriche autorisa l’entrée à l’université des femmes à la condition d’obtenir le Madura équivalent du bac. Lise suivit des cours particuliers, l’obtint, et entra à l’université à l’automne 1901. Elle suivit une filière de physique et de mathématiques et en deuxième année elle assista aux cours du grand Ludwig Boltzmann et prépara sous la direction de l’un de ses assistants une thèse qu’elle obtînt en 1906. A Vienne, il n’y avait pas de poste pour une femme à l’uni- versité et Lise demanda à son père de lui financer un séjour à Berlin pour suivre les cours de Max Planck. Elle approcha le directeur du laboratoire de physique expérimentale de Berlin, Rubens, qui lui proposa de travailler avec un chimiste qui avait le même âge : Otto Hahn. La collaboration entre eux se révéla très fructueuse et durera 30 ans. Au cours des années 30, à Berlin, ils travaillèrent sans relâche sur la structure du noyau puis sur la radioactivité naturelle découverte par les Joliot avec lesquels ils étaient parfois en désaccord scienti- fique, ce qui, à ce niveau, est très stimulant. Lise Meitner était la théoricienne en physique et mathématiques et Otto Hahn était un chimiste et un très bon expérimentateur. Ils furent donc très complémentaires. Le 12 mars 1938 Hitler annexa l’Autriche, le passeport ne protégeait plus Lise de l’antisémitisme, aucun des efforts de ses collègues ni même sa renommée internationale ne pouvaient empêcher qu’elle soit expulsée de l’institut. Les physiciens étrangers trouvèrent le moyen de la faire quitter l’Allemagne pour un poste en Suède à Groningen. L’un de ces physiciens, Dirk Coster, fut invité à Berlin pour une confé- rence et repartit avec Lise qui réussit à passer la frontière sans difficulté jusqu’en Suède. Lise Meitner sauva ainsi sa liberté et probablement sa vie mais eut des difficultés à pour- suivre ses travaux. Elle correspondit avec Hahn, travailla avec l’un de ses ne- veux Otto Robert Frisch lui aussi exilé et participa de cette manière à la découverte de la fission nucléaire. Otto Hahn et Fritz Strassmann, son assistant, publièrent en décembre 1938 un article qui décrivait le phénomène sans le nommer, car il était inconnu et sans trop y croire. Ce fut cet article qui valut à Otto Hahn le prix Nobel. Lise Meitner elle, croyait à la réalité du phénomène de séparation du noyau d’uranium et dans deux articles publiés en février 1939 avec son neveu Otto Robert Frisch, elle employa pour la première fois le mot fission pour caractériser le phénomène de division d’un noyau d’ura- nium lorsqu’il est bombardé par des neutrons. Le phénomène passionna les physiciens mais suscita également une grande inquiétude car une énergie considérable était produite par ce phénomène qui mènera à la bombe atomique. En 1944, Otto Hahn fut seul récompensé du prix Nobel de chimie pour sa découverte de la fission des atomes lourds. Lise Meitner est un cas exemplaire de raté du prix Nobel. Elle vécut après la guerre en Suède puis en Angleterre où elle décéda peu avant ses 90 ans à Cambridge, haut lieu de la physique, discipline qu’elle avait tant servie. Les mathématiciennes Le préjugé le plus courant au cours des siècles ayant pré- cédé le XXe était que les femmes ne faisaient pas bon mé- nage avec les mathématiques. Cette croyance était, aux yeux de certains, fondée sur des preuves biologiques, car faire des mathématiques fatiguait et les femmes qui se risquaient à en faire, mettaient leur santé en péril. Nous en citerons cepen- dant quatre qui ont effectué des travaux importants. En France, Sophie Germain fut reconnue comme étant l’une des toutes premières femmes mathématiciennes. Née à Paris le 1er avril 1776, elle trouva sa vocation en 1789 avec REE N°1/2018 Z 133 Les femmes et la science la lecture d’un traité d’histoire des mathématiques. Elle se procura les leçons de l’Ecole polytechnique, en particulier celles de Lagrange. Elle correspondit bientôt avec lui qui, ayant reconnu ses qualités, devint son conseiller. Sophie tra- vailla sur la théorie des nombres et sur le dernier théorème de Fermat. Elle démontra un théorème de la théorie des nombres qui porte son nom et elle correspondit avec Carl Friedrich Gauss, célèbre professeur à Göttingen, en se faisant passer pour un homme. Plus tard, dans les années 1820, elle devint l’amie de Joseph Fourier dont l’appui lui permit d’être la première femme autorisée à assister aux séances de l’ins- titut. Elle mourut d’un cancer en 1831. Sofia Kovalevskaïa, d’origine russe née en 1850, ne pou- vant étudier en Russie, émigra en Allemagne où elle suit des cours en auditrice libre. Très douée en mathématiques, elle travailla sur les équations aux dérivés partielles et démon- tra le théorème de Cauchy-Kovalevski. Elle fut la première femme à obtenir le titre de docteur en Allemagne à Göttin- gen en 1874. Elle mourut à 41 ans en 1891. Emmy Noether, née en 1882, étudia au début du XXe siècle les mathématiques à Erlangen et Göttingen comme auditrice libre, car les femmes n’étaient pas admises comme étudiantes régulières. Ses travaux sont très importants pour la physique théorique du XXe siècle car elle a établi les liens entre les lois de conservation et les lois de symétrie à l’ori- gine des théories actuelles du modèle standard. La médaille Fields, qui récompense tous les quatre ans des mathématiciens de moins de 40 ans, a été attribuée pour la première fois en 2014 à une femme de nationalité iranienne Maryam Mirzakhani qui est malheureusement décédée en 2017. L’enseignement féminin des sciences Il est clair qu’avant la fin du XIXe siècle, les femmes de sciences dont nous avons donné plus haut quelques exemples, sont toutes des cas particuliers, appartenant à l’élite de la société, qui doivent leur succès non pas à un en- seignement général qui aurait été la norme, mais à des qua- lités intellectuelles exceptionnelles et à la bienveillance d’un entourage masculin le plus souvent familial. Cependant le dogme très répandu dans toutes les classes sociales consis- tant à penser que les femmes n’ont pas les mêmes facultés intellectuelles que les hommes, va être peu à peu dénoncé mais le processus aura été long et aujourd’hui, il n’est peut- être pas encore achevé. Le point le plus important pour l’accès des femmes à la science était évidemment l’éducation générale, sans laquelle aucune porte ne pouvait s’ouvrir pour l’immense partie de la population féminine. En 1870, Jules Ferry, s’appuyant sur la situation en Amérique, déclarait indispensable l’égalité d’éducation pour les deux sexes. L’idée suivit son cours et, en 1878, Camille Sée déposa un projet de loi sur l’enseigne- ment secondaire des jeunes filles. Le projet de loi indiquait que « on peut utilement initier les jeunes filles à l’étude des sciences mathématiques, physiques et naturelles et ne leur laisser ignorer ni les lois de la nature ni les découvertes qui ont transformé le monde ». Il y eut des opposants mais la loi fut votée par 347 voix contre 123 et, après une navette au Sénat, la loi fut adoptée le 21 décembre 1880. Cependant la mixité n’était pas encore acceptée, les en- seignements secondaires pour filles et garçons étaient dif- férents et celui des filles n’amenait qu’à un diplôme de fin d’études qui se déroulait l’année d’avant le baccalauréat. Il fallut attendre la réforme initiée en 1924 pour que les jeunes filles suivent dans les lycées et collèges les mêmes études que les jeunes garçons. Pour les nouveaux établissements ainsi créés, il fallait organiser un corps enseignant et c’est ainsi que fut créée l’Ecole normale de Sèvres pour les jeunes filles, en 1881, suivie après deux années par un concours d’agrégation créé en 1883. Au premier concours, six jeunes filles furent admises dont cinq sévriennes. En 1884, la durée des études passa de deux à trois années. En 1894, on spé- cialisa l’agrégation en laissant choisir les candidates entre ma- thématiques et physique. Marie Curie fut reçue première à cette nouvelle agrégation en mathématiques en 1896. Mais les agrégations étaient encore différentes entre filles et gar- çons, avec éventuellement des passerelles jusqu’en 1960 où commença l’unification des concours. Finalement en 1976, les candidats des deux sexes passèrent les mêmes épreuves devant le même jury et étaient classés ensemble. C’était, il n’y a pas si longtemps ! Epilogue : la situation actuelle Les sociétés démocratiques modernes ont inscrit dans leurs lois, sinon dans leur constitution, l’égalité absolue entre les hommes et les femmes. Les exemples montrés précé- demment et l’évolution de l’enseignement depuis un peu plus d’un siècle montrent que la route est longue pour l’accès des femmes aux disciplines scientifiques. Les gouvernements se donnent aujourd’hui des objectifs chiffrés de mixité dans le domaine scientifique. La situation est différenciée selon les écoles d’ingénieurs, les filières techniques et les filières scientifiques de l’université. Les jeunes filles représentent en France environ 50 % des effectifs de terminale scientifique, elles réussissent brillamment le baccalauréat et pourtant, seuls 30 % des ingénieurs diplômés chaque année sont des femmes (chiffres 2007). En 1996, elles ne représentaient que 23 % des étudiants des écoles d’ingénieurs. L’Ecole 134 Z REE N°1/2018 ❱❱❱❱❱❱❱❱❱❱❱ RETOUR SUR polytechnique s’est ouverte aux filles en 1972 et en 2000 il n’y avait que 15 % de filles admises. Malgré une légère progression, force est de constater que dans les formations techniques le taux des jeunes filles n’a pas réussi à décoller. A l’université, les proportions ne sont pas meilleures comme le montre le graphe de la figure 1. En conclusion il est difficile de ne pas admirer toutes ces femmes, de l’antiquité à nos jours, qui face aux préjugés de leur temps, ont défendu leurs capacités intellectuelles face à l’adversité. Elles ont servi de modèle car elles ont contribué à convaincre de la légitimité des réformes à entreprendre pour parvenir à une véritable égalité des chances pour les deux sexes. Bibliographie s(ULIN .ICOLE AND"ÏNÏDICTE"ILODEAU,ESFEMMESETLEN
seignement scientifique. Presses universitaires de France, 2002. s(ÏLÒNE -ERLE
"ÏRAL  FEMMES 0RIX .OBEL DE SCIENCES Editions Odile Jacob 2016. s.ICOLAS7ITKOWSKI4ROPBELLESPOURLE.OBEL,ESFEMMESET la science. Point Seuil. s9AEL .!:% !STRONOMIEAUFÏMININ, #.23  s&ERNANDEZ "ERNARDh$ELATOMEAUNOYAUv 5NEAPPROCHE historique de la physique atomique et de la physique nucléaire, %LLIPSES 0ARIS   s)RÒNE&RAIN-ARIE#URIEPRENDUNAMANT3EUIL sHTTPWWWFEMMESETSCIENCESFR Marc Leconte est secrétaire du club RSSR de la SEE (radars, sonars et systèmes radioélectriques), membre du comité de ré- daction de la REE, membre émérite SEE et médaillé Ampère. Au sein de Dassault Electronique il a passé une quinzaine d’années à l’étude, au développement et aux essais en vol du radar RDI du Mirage 2000. Ensuite pendant trois ans, il a participé à l’étude d’un démonstrateur laser franco-britannique CLARA. A partir de 1995, il a élargi son activité aux domaines des études concurren- tielles et stratégiques dans les domaines des radars aéroportés et de la guerre électronique. Il a exercé les mêmes activités dans la division aéronautique de Thales après la fusion de Dassault Elec- tronique et de Thomson-CSF. A partir des années 90 et en paral- lèle, il s’est intéressé à l’histoire des sciences et des techniques et a publié plusieurs articles s’y rapportant. L'AUTEUR &IGURE 3OURCEHTTPWWWFEMMESETSCIENCESFRCOLLOQUESCOLLOQUE