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Technologie : sommes-nous réellement prêts à la croissance de demain ?

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REE N°3/2017 Z 149 LIBRES PROPOS Vincent Champain Président de l’Observatoire du long terme Science ou technologie ? B rian Arthur1 définit la technologie comme l’usage de phénomènes physiques pour remplir une fonction précise. Par exemple, la science nous apprend que certains maté- riaux peuvent être à la fois conducteurs et isolants ; les technologies qui en découlent utilisent cette propriété pour réaliser un transistor, qui permet de comman- der un courant pour un autre courant, puis pour réa- liser un microprocesseur capable de réaliser des opé- rations logiques. La technologie évolue par ruptures, lorsqu’elle maîtrise un nouveau phénomène physique par exemple pour produire en série des nouvelles bat- teries électriques plus efficaces. Elle évolue aussi par composition de technologiques existantes : une centrale hydroélectrique est ainsi composée d’un réservoir, de turbines, de générateurs électriques et d’équipements électriques. C’est la technologie, non la science, qui crée la croissance. Les phases de forte croissance arrivent des années après les découvertes scientifiques et se réa- lisent quand les technologies deviennent assimilables par le plus grand nombre. Les fondements scientifiques d’Internet datent des années 60, mais l’effet sur la croissance n’a été visible qu’à la fin des années 90. Ce qui l’a rendu possible, c’est la technologie HTML qui a permis de rendre plus simple et plus rapide la réalisa- tion de sites. Il s’est également passé plusieurs dizaines d’années entre les premiers prototypes de machine à vapeur – celle de Papin date de 1679 – et le moment où son utilisation s’est diffusée largement, entraînant à la fois des gains de productivité considérables et – déjà – des inquiétudes pour l’emploi. Il n’y avait que 14 000 chevaux vapeur en France en 1833, ils étaient 500 000 en 1880. Le train à vapeur a été inventé en 1804 au Royaume-Uni ; il faudra attendre 20 ans pour que la 1 “The Nature of Technology”, Brian Arthur, Free Press, 2009 première ligne reliant Saint-Etienne à Andrézieux arrive en France. Soutenir la science, évidemment, mais ne pas oublier la technologie. Deux figures jouent un rôle clef dans le progrès technologique. D’abord, le chercheur ou l’ingénieur de recherche qui découvrent ou maitrisent de nouveaux phénomènes physiques pour créer de nouvelles briques technologiques. Ensuite, les inventeurs qui assemblent des “briques” technologiques existantes pour apporter une solution nouvelle – des ingénieurs qui améliorent l’efficacité d’un moteur électrique jusqu’au bricoleur qui construit dans son garage un serveur Wi-Fi gros comme le pouce2 en assemblant des composants achetés sur Internet et une batterie récupérée sur un jouet cassé. La plupart de ces inventeurs disposent de moyens réduits et doivent utiliser des produits disponibles au grand public – c’est le fameux « garage » dans lequel ont commencé les bricolages qui ont donné plus tard Hewlett-Packard ou Apple. C’est pourquoi la croissance sera fortement accélérée à chaque fois que se déve- lopperont des plates-formes mettant des technologies- clés à la disposition du plus grand nombre. Ces plates- formes n’ont rien à voir avec les plates-formes Web de commande de taxi : ce sont les technologies, les infras- tructures, les langages ou les environnements de déve- loppement qui mettent simplement à la disposition de tous des technologies plus complexes – comme HTML l’a fait pour internet, le microprocesseur pour la microin- formatique ou le langage C pour le développement informatique. Ces plates-formes font de la combinaison de composants, données et logiciels pour répondre à un besoin, un simple jeu de Lego. Avec le début de la microinformatique dans les années 80, une génération entière avait pu maîtriser les fondamentaux de l’informatique, avant que la com- plexité croissante des systèmes ne réduise malheureu- sement le nombre de personnes capables de réaliser un 2 http://hackaday.com/2015/10/26/better-smaller-wifi-throwies Technologie : sommes-nous réellement prêts à la croissance de demain ? 150 Z REE N°3/2017 LIBRES PROPOS programme informatique. Les plateformes cloud de dé- veloppement informatique sont en train de démocratiser à nouveau le développement d’applications – qu’elles soient destinées à des montres connectées, comme le fait Cloud Pebble3 , ou à des processus industriels. Plus généralement, l’accès à de nombreuses briques techno- logiques a beaucoup baissé : il suffit d’un fer à souder et de quelques euros pour réaliser un système embarqué et communicant, des réseaux comme celui de Sigfox permettent à un objet de communiquer partout pour 1 F par an et le financement s’est démocratisé. On peut en outre passer d’une idée à un succès mondial4 de l’objet connecté grâce au financement participatif. Les experts réunis à Digiworld s’accordent sur le potentiel du digital industriel : s’il est encore en retard sur l’Internet grand public, son potentiel à terme dépasserait 8 000 milliards de dollars, plus de deux fois celui de l’Internet grand public. Et contrairement au second, le premier se lit immédiatement dans les chiffres de croissance. Quand une application nous fait gagner du temps libre, le PIB ne bouge pas, alors que lorsque qu’une usine éco- nomise du temps de travail, la productivité augmente ! Potentiel large, impact direct sur la croissance et maturité des « briques » technologiques : tous les ingrédients sont là pour une vague de croissance sans précédents, dont les prémisses sont encore modestes mais déjà visibles. Où se situe la « France des makers » ? Face à ces défis, notre pays a longtemps été marqué par des structures centralisées, plus adaptées aux grands plans scientifiques qu’au bricolage technologique. La France a longtemps été mieux classée dans la science fondamentale que dans la technologie. Nos rythmes scolaires, organisés autour de programmes définis par un comité national, laissaient peu de place à l’expéri- mentation : ceux qui ont assisté au développement de la microinformatique des années 80 ont constaté le niveau d’activité des pays du Nord. Les lycéens et collégiens y disposent de plus de temps pour expérimenter, la tech- nologie y étant plus valorisée. Les choses ont-elles changé ? Pour estimer la façon dont notre pays se positionne sur « l’innovation de com- position » parmi les 10 premiers pays mondiaux, nous avons analysé le volume de recherche Internet sur les 3 https://cloudpebble.net 4 https://en.wikipedia.org/wiki/Pebble_(watch) composants les plus utilisés par ces bricoleurs. Pour « ESP8266 », composant plébiscité pour son faible coût dans la réalisation d’objets connectés intelligents5 , la Hollande arrive en tête (18 % des recherches), suivie de l’Allemagne (16 %), dont l’activité est répartie entre quatre régions (Bavière, Bad Wurtemberg, Berlin, Nord- Rhénanie) et de la Russie (13 %), la Pologne (13 %), l’Espagne (9 %), l’Italie (8 %) et l’Inde (7 %). La France arrive en fin de classement (6 %, concentrés à Paris). Pour les recherches sur « Arduino » (système open source destiné à l’éducation), la France n’apparaît plus dans les dix premiers, contrairement au Sri Lanka, au Salvador ou à l’Estonie. Ces indicateurs ne sont évidemment pas exhaustifs, mais ils nous interpellent sur deux questions : - cation, qui favorise l’écrit ou les connaissances théo- riques plus que les réalisations concrètes ; pays émergents sont en train de prendre une avance, comme le montre la présentation faite par Andrew Huang6 de l’écosystème de Shenzhen en Chine. Même s’il repose sur un système de protection de la propriété intellectuelle différent du nôtre, il va bien au-delà de la « copie low cost ». Comment aller de l’avant ? Face à une compétition mondiale vive, nous avons certainement des atouts forts – excellence de la re- cherche fondamentale, maturité de l’écosystème indus- triel, infrastructures... Mais nous ne sommes pas, dans le domaine de l’innovation technologique, au niveau auquel ces atouts devraient nous porter. Pour y remédier, nous devons comprendre que la croissance de demain reposera sur la capacité à com- biner les briques technologiques, d’où qu’elles viennent. Taxer les robots, fermer les frontières ou forcer nos en- treprises à restreindre leurs choix technologiques, c’est les handicaper dans la compétition mondiale, et réduire notre capacité à développer les fameux « emplois à haute valeur ajoutée », qui nous permettent d’éviter la concurrence faciale avec les pays à bas coûts. Il faut nous ouvrir largement aux talents et aux technologies 5 L’Asie utilise d’autres outils de recherche et n’apparaît donc pas dans ce classement. 6 “The Hardware Hacker: Adventures in Making and Breaking Hard- ware”, Andrew Huang, No Starch Press, 2017. REE N°3/2017 Z 151 LIBRES PROPOS étrangères : Etats-Unis et Royaume-Uni arrivent après nous dans notre indice d’innovation de composition, mais, contrairement à nous, ces pays attirent largement des innovateurs immigrés. Ensuite, il faut accélérer le développement en France et l’utilisation des plates-formes permettant d’assembler rapidement ces briques technologiques. Enfin, il faut encore faciliter le passage de l’idée au produit, et du produit à la réussite mondiale. Dans le premier cas, il ne faut pas des guichets supplémentaires, mais plutôt s’assurer qu’étudiants, bricoleurs ou entreprises puissent innover sans passer par un guichet. Dans le second, il faut s'interroger sur les raisons qui font que nous avons beaucoup de startups, mais moins de « Licornes »7 , et7 qu'une partie de ces dernières le deviennent hors de nos frontières. Regardons-nous le passé ou l’avenir ? Le test “Tensorflow”. En novembre 2015, Google a mis dans le domaine public sa plate- forme “Tensorflow” qui permet de développer des applications d’intelli- gence artificielle. C’est une révolution 7 Les Licornes sont des startups valorisées à plus d'un milliard de dollars. – chacun peut gratuitement utiliser cette technologie qui est derrière une grande partie des services innovants qui rendent les applications de Google si efficaces8 . Qui a entendu parler de cette nouvelle ? Quel ministre s’y est intéressé ? Nous saurons que la France est réellement prête à saisir les opportunités qui se présentent le jour où nous serons collectivement aussi attentifs aux oppor-rr tunités formidables qu’offre ce type de décisions qu’à des thèmes comme l’Uberisation. Il ne s’agit pas ici de nier les risques que peut induire la technologie sur l’emploi, et l’intérêt à en étudier les conséquences et à y adapter notre protection sociale. Néanmoins, sur le long terme, la technologie a toujours eu un effet sur la nature de l’emploi plutôt que sur son volume. A l’inverse, cette même technologie a eu un effet sur la richesse des nations d’autant plus fort que ces dernières ont été réactives pour se saisir des oppor-rr tunités ouvertes par les vagues technologiques succes- sives. Il ne tient qu’à nous de ren- forcer cette réactivité : au regard du “test Tensorflow”, nous disposons là de larges marges d’amélioration. Q 8 http://www.slate.com/blogs/future_ tense/2015/11/09/google_s_tensorflow_ is_open_source_and_it_s_about_to_ be_a_huge_huge_deal.html1 Vincent Champain, est président de l’Observatoire du long terme, think tank dédié aux enjeux de long terme. Il est également cadre dirigeant dans une grande entreprise internationale et diplômé de l’Ecole polytechnique.