Êtes-vous un « maker » ?

17/07/2017
Publication REE REE 2017-3
OAI : oai:www.see.asso.fr:1301:2017-3:19450
DOI : http://dx.doi.org/10.23723/1301:2017-3/19450You do not have permission to access embedded form.

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Êtes-vous un « maker » ?

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146 Z REE N°3/2017 V otre magasin de bricolage préféré vient d’ouvrir un « Techshop » et vous invite à devenir un « maker1 » en développant le « coworking ». Voilà donc de nouveaux anglicismes qui envahissent notre vie quotidienne. De quoi s’agit-il ? Un TechShop® (c’est en fait une marque commerciale) est un espace collaboratif où chacun peut accéder à des machines et à des équipements professionnels, répartis dans différents ateliers : bois, métal, textile, électro- nique, impression 3D... Vous pouvez y bénéficier – dit la notice – du support d'accompagnateurs projets, à l'expé- rience solide et à l’enthousiasme com- municatif. Bref, c’est l’endroit où vous pouvez, dans une ambiance conviviale faire vos premiers pas de « maker ». 1 Sur ce thème, le lecteur pourra consul- ter le petit guide intitulé "Devenez ma- ker" qui vient d'être édité chez Dunod et que la REE a recensé pour vous dans la rubrique "Vient de paraître" du pré- sent numéro. Mais qu’est-ce qu’un maker ? Un maker est au bricoleur ce que l’homme contemporain est à l’homme de Cro- magnon : c’est quelqu’un qui va fabri- quer lui-même des objets, matériels ou logiciels, en utilisant toutes les res- sources que la technologie moderne met à sa disposition : outils lasers, im- pression 3D, conception et simulation numérique, etc. Mais il va le faire de façon collaborative, dans un espace ou- vert, en bénéficiant d’outils modernes mais aussi du soutien d’instructeurs et de l’expérience partagée avec d’autres makers : artistes, entrepreneurs, ensei- gnants, étudiants, etc. De là est né le concept de « culture maker » qui met l’accent sur l’appren- tissage par la pratique dans un cadre social. La culture maker se concentre ainsi sur un apprentissage informel, communautaire, collaboratif et par- tagé via un patrimoine informationnel commun, motivé par l’amusement et l’accomplissement personnel. Le bri- coleur est un individu qui va généra- lement opérer seul alors que le maker chasse en meute. Les interactions communautaires et le partage de connaissances sont fondamentaux. L’atelier – j’aurais dû dire le « works- hop » ou mieux le « makerspace » – est le temple où la communauté va se réunir pour échanger, faire progresser son savoir-faire et réaliser. Pourquoi un tel engouement qui rejoint celui suscité par les « fab labs » promus initialement par le MIT pour développer de façon coopérative des logiciels qui sont ensuite distribués sous licence libre ? Certes, de tout temps, chacun a, avec ses moyens propres, cherché à compléter les fruits qu’il pouvait tirer de son travail en développant une activité spécifique dans laquelle il avait quelque talent : les ménagères fai- saient du tricot, élevaient des poules ou cultivaient un potager ; les hommes refaisaient les peintures ou réparaient leur voiture. L’objectif premier était éco- nomique : améliorer l’ordinaire en se débrouillant tout seul ; subsidiairement l’activité pouvait être perçue comme un Un Techshop aux Etats-Unis. CHRONIQUE Êtes-vous un « maker » ? REE N°3/2017 Z 147 loisir. Mais la composante sociale était absente sauf à se rendre service entre voisins lorsque cela était nécessaire. Avec le mouvement maker, on assiste à quelque chose qui va plus loin puisque les makers acceptent tout simplement d’aller au travail – adieu les 35 heures – dans un cadre qui n’est plus celui de l’entreprise mais qui y ressemble : un espace, des moyens partagés et des instructeurs qui servent de contremaîtres. Pourquoi un cadre souvent perçu comme une contrainte devient-il tout d’un coup une voie d’épanouissement ? Il y a probablement plusieurs rai- sons. La première est le mouvement général que nous constatons en direc- tion de la décentralisation et du « small is beautiful ». Les baisses de prix et la miniaturisation des outils, le dévelop- pement fantastique des technologies numériques rendent possibles des fabrications, matérielles aussi bien que logicielles, qui étaient jusqu’à présent l’apanage des grandes organisations fortement équipées en moyens hu- mains et matériels. Alors pourquoi ne pas en profiter et faire soi-même au lieu de faire faire, alors que l’on a du temps libre et que les loisirs coûtent plus cher que le travail librement consenti et exo- néré de charges sociales ? Mais la culture maker va encore plus loin : elle est incontestablement imprégnée d’une saveur libertaire tendant à remettre en cause les struc- tures en place, à se libérer des carcans et aller vers un monde où les connais- sances et les moyens sont partagés pour le plus grand bonheur de chacun. Ne voit-on pas ainsi se développer les productions autonomes d’électricité et des collectivités d’autoproducteurs qui, en utilisant les vertus de la block- chain, pensent pouvoir s’exonérer des grands opérateurs qui ont pourtant été à l’origine d’un fantastique progrès économique et social. Plus de liberté, plus de démocratie, halte aux rému- nérations indues du grand capital, le contrôle retrouvé de ses ressources et de son talent… autant de slogans qui font florès. Mais attention, le mouvement ma- ker n’est qu’une instanciation particu- lière de la civilisation du numérique, celle qui a donné naissance à Uber ou à Airbnb. S’il n’y a pas d’actionnaires vi- sibles dans les ateliers collaboratifs, il y en a dernière le rideau qui, en surfant sur les mouvements d’opinion et en mettant à la disposition des usagers des méthodes et des moyens, sont ceux qui en tirent le maximum de pro- fit. Il faut aussi penser aux effets dés- tructurants de ces circuits courts : un maker ayant acquis une réelle exper- tise sera souvent tenté d’en faire com- merce et d’en tirer profit, par exemple au travers d’allovoisins.com ou de le- boncoin.fr. Il ira passer son temps libre dans un atelier collaboratif sans s’alar- mer du fait que c’est son vrai travail qui assure sa couverture sociale et sa retraite. La plupart de ces activités ren- dues possibles par l’explosion des ser- vices numériques restent donc encore aujourd’hui les passagers clandestins des structures traditionnelles. C’est à la puissance publique de définir des règles qui, sans entraver le développe- ment de nouvelles formes de travail, permettent de préserver les équilibres sociaux et de ne pas créer de nou- velles formes d’assujettissement. Q JPH CHRONIQUE