Entretien avec Bernard Salha

Les trois transitions : électrique, climatique 17/07/2017
Publication REE REE 2017-3
OAI : oai:www.see.asso.fr:1301:2017-3:19449
DOI : http://dx.doi.org/10.23723/1301:2017-3/19449You do not have permission to access embedded form.

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Entretien avec Bernard Salha

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140 Z REE N°3/2017 ENSEIGNEMENT & RECHERCHE REE : Pouvez-vous tout d’abord nous rappeler brièvement ce que représente aujourd’hui EDF R&D en termes de moyens et de missions au sein du groupe EDF ? Bernard Salha : Le groupe EDF a consacré en 2016 à la R&D un budget de 572 MF. Cette somme est très importante et correspond à un effectif de plus de 2 000 personnes. Certes, si elle est rappor- tée au chiffre d’affaires du groupe, soit 74 MdF, elle peut paraître assez modeste car elle en représente moins de 1 %. Mais notre métier n’est pas celui d’un équipementier et cet effort de R&D est celui que l’on rencontre chez les architectes-ensembliers. Par rapport aux autres grands acteurs de la profession, nous nous situons à 1/3 environ au-dessus de la moyenne. Cependant, il faut prendre en compte le fait que 40 % de notre R&D sont consacrés au nucléaire. Si l’on exclut ce facteur qui est spécifique à EDF, on s’aper- çoit que notre effort de R&D est en ligne avec celui que consentent nos grands confrères tels qu’Enel, Engie ou Iberdrola. Les socié- tés allemandes avaient diminué leur effort mais sont aujourd’hui conduites à l’accroître à nouveau. Notre politique est aujourd’hui de maintenir constant cet effort. EDF R&D : 572 MF par an et plus de 2 000 collaborateurs REE : Vous être le patron de la R&D pour l’ensemble du groupe. Comment se répartit ce potentiel de 2 000 personnes ? B. S. : Notre plus grosse implantation est ici à Saclay où nous avons près de 1 000 personnes. Nous avons en France deux autres im- plantations : à Chatou (500 personnes) et aux Renardières (600 personnes). A l’étranger, nous disposons de sept sites de recherche en Grande-Bretagne, en Allemagne, en Italie, en Pologne, aux Etats- Unis, en Chine et à Singapour. L’ensemble représente un potentiel d’environ 250 chercheurs rattachés à des entités EDF locales. Ces centres peuvent avoir deux types de mission : off-shore, confié au centre de recherche d’EDF Energy en Grande- Bretagne. C’est aussi dans ce centre qu’ont été développées les fonctionnalités de « chatbot » relatives à la gestion domestique de l’énergie et supportées par Alexa, l’assistant personnel intelligent contrôlé par la voix et développé par Amazon. Une présence en France et dans sept pays dans le monde REE : La réforme des structures d’EDF a-t-elle modifié ses missions ? Travaillez-vous encore pour le compte de vos filiales RTE et ENEDIS ? B. S. : Comme vous le savez, les directives européennes ont profon- dément modifié la structure du groupe EDF et ont conduit à séparer la partie régulée, c’est-à-dire les réseaux qui correspondent à un mo- nopole naturel, du reste des activités de producteur et de fournisseur Les trois transitions : électrique, climatique, numérique Entretien avec Bernard Salha Directeur R&D de EDF REE N°3/2017 Z 141 ENSEIGNEMENT & RECHERCHE qui relèvent du domaine concurrentiel. Aujourd’hui, EDF R&D ne tra- vaille plus pour le réseau de transport qui est exploité par RTE. Nous avons un contrat de recherche avec Enedis, pour la distribution, mais ce contrat est très strictement encadré et il n’y a aucune passerelle avec le reste de nos activités. REE : Comment sont décidés les programmes de R&D au sein d’EDF ? B. S. : La R&D amène à se poser deux questions essentielles : Historiquement, notre R&D était censée pour l’essentiel répondre à la première préoccupation. Les choses ont changé et nous venons aujourd’hui davantage en appui des business units. Notre système de gouvernance de la R&D conduit à la situation dans laquelle 2/3 des programmes sont commandités par des unités et conduits avec des objectifs et des budgets. Il reste 1/3 d’actions « corporate » qui résultent de propositions faites par le directeur R&D du groupe et approuvées par le Comité exécutif. Ainsi, dans le cadre du programme Linky, le système de commu- nication par courants porteurs en ligne CPL G3 a tout d’abord été développé à l’initiative d’EDF R&D avant d’être adopté par Enedis pour le déployer dans les compteurs Linky alors que les premiers modèles de compteurs étaient dotés de CPL G1. 2/3 des recherches viennent en soutien des unités opérationnelles – 1/3 prépare l’avenir du groupe REE : Quel bilan tirez-vous de votre installation à Saclay ? Voyez-vous se développer les synergies avec d’autres établissements implantés sur le site ? B. S. : Pour répondre à votre question, il faut tout d’abord bien com- prendre que le groupe EDF doit faire évoluer son activité selon trois grands courants : - - Trois transitions sont en marche : électrique, climatique et numérique dans les start-ups et dans le monde académique. Et c’est là que Saclay trouve tout son intérêt. Les moyens de communication numérique modernes sont très importants mais ne sont pas suf- fisants, la proximité géographique reste un facteur essentiel pour développer les contacts humains et organiser le échanges. Il faut pouvoir travailler ensemble et Saclay offre à cet égard un vivier d’une richesse exceptionnelle. Paris-Saclay, ce sont deux universi- tés, 11 grandes écoles, 50 000 étudiants, 10 000 chercheurs et enseignants. Nous avons des accords de partenariats avec le CNR, le CEA, l’IN- RIA. Nous avons développé des laboratoires communs avec divers partenaires : 142 Z REE N°3/2017 ENSEIGNEMENT & RECHERCHE - - - le CEA et l’ENSTA. REE : Plus généralement, quelles sont vos relations avec le monde universitaire et les écoles d’ingénieurs ? B. S. : Nous avons toujours des relations étroites avec les grandes écoles d’ingénieurs : Centralesupélec, les Ponts ParisTech… Au- jourd’hui, la bonne image technique d’EDF nous permet d’étendre ces relations à l’international : le MIT aux Etats-Unis, l’université de Tsinghua en Chine, l’Imperial College en Grande Bretagne, le Karls- ruhe Institute of Technology en Allemagne, sans oublier la France et, par exemple, l’Ecole d’économie de Toulouse où exerce Jean Tirole. REE : Venons-en à la politique de R&D au sein d’EDF. Quels sont les grands axes scientifiques ou technologiques qui vous semblent devoir être développés ? Nous avons trois grands axes qui sont tout à fait complémentaires : qui veut dire concrètement le développement des énergies nou- - tion du réseaun smart grids, microgrids, smart meters, smart cities… mobilité électrique, des pompes à chaleur et la prise en compte de la mutation vers le digital, aussi bien dans les bâtiments que dans l’industrie et les transports. Trois axes de R&D : un mix électrique décarboné, le système électrique du futur et les usages finaux de l’électricité REE : Du côté des énergies renouvelables, quels progrès peut-on escompter durant les prochaines années ? Sur quelles filières ? B. S. : s’attendre à de nouvelles baisses de prix malgré les progrès considé- et devenir une commodité. Du côté des rendements, un objectif de 30 % est plausible, grâce notamment aux cellules tandem. L’éolien va également continuer à progresser mais moins vite. C’est essentiellement sur un effet de taille qu’il faut compter et le plafond n’a pas encore été atteint quant à la puissance unitaire des machines. Photovoltaïque et éolien continueront à progresser Je suis moins convaincu par le solaire thermodynamique qui est plus compliqué. Bien sûr, il y a une possibilité de lissage de la pro- duction grâce à l’utilisation de fluides appropriés mais le couple voit aujourd’hui les grands acteurs hésiter sur l’avenir de cette filière. L’hydrogène est un grand sujet qui donne lieu à débat. Nous pen- sons que l’hydrogène a un avenir. Du côté de la production, il faut sortir du reformage du méthane qui donne lieu à des émissions 2 . Nous travaillons en Allemagne sur l’électrolyse mais le coût des électrolyseurs reste élevé et il faut diviser le coût d’investissement de l’ensemble de la chaîne par 10 pour être com- pétitif. C’est ambitieux et pas pour tout de suite. Du côté des usages, je ne suis pas convaincu par la filière “Power to gas” qui reste très loin de la compétitivité. Par contre, il nous semble qu’il existe des débouchés possibles dans la mobilité. Certes, la voiture électrique à batterie a une longueur d’avance en tant que solution décarbonée, mais les grands constructeurs restent mobi- lisés sur l’hydrogène, soit pour les usages à longue distance pour lesquels les batteries posent le problème de l’autonomie, soit pour les applications de prolongateur d’autonomie (range extenders), soit pour les transports lourds. L’hydrogène jouera un rôle dans la mobilité décarbonée REE : Le stockage est un point clé. Quels sont vos axes de recherche ? Quels objectifs, en termes de performances et de coût vous semblent pouvoir être atteints et à quel horizon ? B. S. : Incontestablement, le prix des batteries lithium-ion va conti- nuer à baisser et je pense qu’un objectif de 100 à 150 F/kWh à moins de 10 ans est réaliste. Mais il ne faut cependant s’illusionner : salles blanches, les matériaux sont coûteux et les investissements très élevés. Un objectif de 100 à 150 F/MWh pour les batteries Li-ion mais le zinc-air est une alternative possible Nous pensons qu’il y a place pour des filières alternatives et nous disposons en particulier d’une grande expérience et d’une technologie sur les batteries zinc-air qui utilisent des matériaux bon marché et sont simples à fabriquer. Nous avons créé une filiale, ZnR batteries, qui commercialise des solutions appelées Zi- nium en direction des applications stationnaires sur réseaux. Nous continuons en parallèle à suivre l’évolution de la filière sodium- soufre. REE : Le véhicule électrique est un enjeu très important de la transition énergétique. Son avenir dépend bien entendu des travaux sur le stockage dont nous avons parlé mais voyez-vous REE N°3/2017 Z 143 ENSEIGNEMENT & RECHERCHE d’autre voies de progrès, sur la gestion des infrastructures électriques notamment ? B. S. : le principal progrès, en dehors des batteries, résidera dans le « smart charging » c’est-à-dire la recharge intelligente. Il faut piloter la recharge des véhicules électriques en fonction du lieu et du temps pas refaire toute l’installation électrique et tout le réseau de desserte des immeubles pour recharger les véhicules électriques. Il faut donc trouver des solutions. La technologie de base est disponible. Ce qui est compliqué, c’est d’intégrer les systèmes de recharge dans les réseaux : il faut imaginer des scénarios, les valider et ensuite en faire des standards de fait ou des normes. Cela prend du temps mais il n’y a pas d’impossibilité technique et nous trouverons des solutions. REE : Vous nous avez indiqué que vous portiez 40 % de votre effort de R&D sur le nucléaire. Pouvez-vous nous indiquer dans quelles directions et comment vous voyez évoluer le nucléaire du futur ? B. S. : EDF travaille aujourd’hui sur ses tranches existantes pour encore en améliorer la sûreté et les performances. L’effort R&D est important, comme l’illustre par exemple la maquette d’enceinte de confinement à l’échelle 1/3 que nous avons réalisée aux Re- nardières pour mieux évaluer les questions de vieillissement. Mais nous travaillons aussi sur les nouveaux réacteurs : EPR Nou- veau Modèle, petits réacteurs modulaires (SMR) et pour le plus long Enfin, nous développons une approche de R&D par briques tech- nologiques pour faire entrer de façon encore plus forte les Inno- vations d’aujourd’hui notamment dans le digital ou la fabrication additive dans le monde du nucléaire. Q Propos recueillis par Jean-Pierre Hauet et Jacques Horvilleur Bernard Salha est directeur de la Recherche et Développement du groupe EDF depuis le printemps 2010. Il était précédemment direc-cc teur de la division en charge de l’Ingénierie Nucléaire d’EDF depuis début 2005, après avoir occupé différents postes à responsabilité dans les unités d’ingénierie et d’études d’EDF. Il a notamment participé au démarrage du programme nucléaire civil chinois pendant trois ans en Chine. Il a démarré sa carrière au minis- tère de la Défense à Cherbourg est diplômé de l’Ecole polytechnique et de l’école des Ponts et Chaussées.