Le projet Cigéo

Centre industriel de stockage de déchets radioactifs en formation géologique profonde 17/07/2016
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Le projet Cigéo

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62 REE N°3/2016 LE STOCKAGE DES DÉCHETS RADIOACTIFSDOSSIER Introduction Les déchets les plus radioactifs et à vie longue produits par l’industrie élec- tronucléaire française ne bénéficient pas encore de solution de gestion à très long terme. Certains de ces déchets resteront dangereux pendant plus de 100 000 ans, ils ne peuvent donc pas être stockés en surface ou à faible pro- fondeur car on ne peut garantir que l’on saura maintenir des installations adap- tées sur de telles échelles de temps. C’est pourquoi le Parlement a retenu en 2006 la mise en œuvre d’un stockage profond comme seule solution capable d’assurer la sûreté à long terme du stoc- kage des déchets radioactifs tout en limitant les charges pesant sur les géné- rations futures. En charge de la gestion des déchets radioactifs en France, c’est l’Andra qui conçoit le projet de stockage réversible profond nommé Cigéo. Le projet Cigéo est entré dans sa der- nière phase de conception en vue de déposer une demande d’autorisation de création en 2018 et, sous réserve de cette autorisation, de démarrer les tra- vaux à l’horizon 2021. Il aura fallu plus de 20 ans de re- cherche et le franchissement de plu- sieurs étapes pour en arriver là : les premières campagnes de reconnais- sances géologiques débutées en 1994 conduisent au choix du site de Meuse/ Haute-Marne en 1998 afin d’y implan- ter un laboratoire souterrain. Quelques années plus tard, dans son « Dossier 2005 », l’Andra conclut à la faisabilité et à la sûreté du stockage profond, au sein d'une couche d'argile, dans un périmètre de 250 km² autour du Laboratoire sou- terrain. Ce qui débouche après un débat public en 2005/2006 sur les options générales en matière de gestion des déchets radioactifs de haute activité et de moyenne activité à vie longue. Après la loi de 2006, l’Andra poursuit ses re- cherches et propose en 2009-2010 une zone plus précise pour l’implantation du stockage. Les études industrielles sont lancées en 2011 et sur la base des études d’esquisse du projet, un débat public sur Cigéo est organisé en 2013. Les suites, qui sont rendues en 2014, conduisent à faire évoluer le projet, no- tamment en ce qui concerne son calen- drier en intégrant une phase industrielle pilote et en mettant en place un plan directeur pour l’exploitation de Cigéo comme support à la gouvernance. Le choix du stockage profond et les enjeux du projet Cigéo Le projet Cigéo s’inscrit sur des échelles de temps peu communes : une exploitation séculaire du stockage souterrain, un fonctionnement sûr et passif, sans intervention humaine sur une période multimillénaire. Dans cette optique, les enjeux éthiques et socié- taux sont donc au cœur du projet. Le stockage souterrain, un choix retenu en France et à l’international 90 % du volume total des déchets radioactifs produits chaque année en France sont aujourd’hui stockés en sur- face dans les centres de stockage de l’Andra. En revanche, les déchets de haute activité (HA) et de moyenne acti- vité à vie longue (MA-VL) ne peuvent pas être stockés en surface ou à faible profondeur compte-tenu des risques qu’ils présentent sur le long terme pen- dant plusieurs dizaines ou centaines de milliers d’années car on ne peut garantir que l’on saura maintenir des protections adaptées sur de telles échelles de temps. Le milieu argileux retenu à la limite de la Meuse et de la Haute-Marne, à une profondeur d’environ 500 mètres, a été choisi pour préserver le stockage souter- rain des phénomènes géodynamiques externes. L’argile du Callovo-Oxfordien qui constitue un environnement stable depuis environ 160 millions d’années présente des propriétés qui permettent Le projet Cigéo Centre industriel de stockage de déchets radioactifs en formation géologique profonde Par Jean-Marie Krieguer Adjoint au directeur du projet Cigéo Currently at the design stage, Cigeo is a project for a disposal facility at a depth of 500 m below ground in the Meuse and Haute-Marne departments, to receive high-level and intermediate-level, long-lived radioactive waste. Enshrined in the act of 2006, following 20 years of research, the deep-geological repository will protect human beings and the environment against the most highly radioactive waste, without placing this burden on future generations. Cigeo will be expanded in an incremental and gradual manner over a period of more than a century, enabling the incorpora- tion of scientific and technical advances, with the aim of continuously improving the measures taken from the point of view of safety and of technical and economic optimization. ABSTRACT REE N°3/2016 63 Le projet Cigéo de confiner la radioactivité et donc d’as- surer la sûreté du stockage sur les pro- chaines centaines de milliers d’années, sans nécessiter d’action humaine. Une nécessité éthique La grande dangerosité des déchets HA et MA-VL et leur durée de vie très longue confèrent aux générations qui bénéficient des avantages liés à l’in- dustrie nucléaire une responsabilité éthique : trouver et mettre en œuvre des solutions de gestion à court, moyen et long terme qui permettent d’assurer, aujourd’hui et demain, la protection des hommes et de l’environnement du dan- ger que présentent ces déchets. La sûreté du centre de stockage Le projet Cigéo répond tout d’abord à l’objectif fondamental de protection de la santé des personnes et de l’environ- nement sur une période multimillénaire pendant laquelle la dangerosité des dé- chets va décroître significativement. Le stockage ne doit pas nécessiter d’action humaine une fois fermé (c’est le prin- cipe de « sûreté passive »), même si le stockage sera surveillé plusieurs années après sa fermeture. Pendant l’exploita- tion, le stockage répond à des fonctions de sûreté d’installations nucléaires qui s’inscrivent sur une durée séculaire : confiner les substances radioactives afin d’assurer la sécurité des travailleurs, de la population et la protection de l’envi- ronnement. Ces principes de sûreté reposent sur un système multi-barrières assurant trois fonctions essentielles : confiner les radionucléides contenus dans les dé- chets ; isoler ces déchets de l’homme et de la biosphère ; limiter les transferts de radionucléides vers la biosphère. Le financement du projet Dans une logique de responsabilité, le financement des études, de la construc- tion, de l’exploitation et de la fermeture de Cigéo est assuré dès aujourd’hui par les générations actuelles pour ne pas le reporter sur les générations futures. Cela se traduit par des provisions, régulière- ment actualisées, dans les comptes des trois producteurs des déchets concer- nés : EDF, le CEA et Areva. Il revient à l’Etat d’arrêter le coût de Cigéo, en s’appuyant sur les données techniques fournies par l’Andra, ainsi que sur les observations des producteurs et l’avis de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). En janvier dernier, la ministre en charge de l’écologie, du développement durable et de l’énergie a rendu un arrêté fixant un coût de 25 milliards d’euros. Couvrant l’ensemble des coûts du projet sur plus de 100 ans, et non seulement les investissements de départ, ce coût contient nécessairement des incerti- tudes (prix des matières premières, coût de la fiscalité…). C’est pourquoi, le chif- frage du projet devra être régulièrement actualisé. Le développement progressif de l’installation souterraine Le déploiement progressif et incré- mental du projet se traduit par une logique de construction par tranches, correspondant à des périodes d’exploi- tation réduites (de l'ordre du décennal). Chaque tranche ne contraint pas signifi- cativement les suivantes. Cela permet d’intégrer des améliorations aux futures tranches. Elle permet ainsi de prendre en compte les progrès scientifiques et tech- niques et le retour d’expérience, dans une optique d’amélioration continue des dispositions prises pour la sûreté et d’op- timisation technico-économique. La réversibilité du projet, enjeu de gouvernance Le projet Cigéo est conçu de manière à être réversible afin de ne pas enfermer les générations futures dans les choix qui sont faits à la conception. La réversi- bilité du stockage est donc la capacité à offrir à la génération suivante des choix sur la gestion à long terme des déchets radioactifs, y compris le choix de reve- nir sur certaines décisions prises par la génération antérieure. Les générations actuelles favorisent et financent ainsi des possibilités et des facilités d’action sur le processus de stockage. Toutefois, si les générations futures décidaient d’exercer ces options, par exemple pour modifier le stockage pour la réception de nouveaux déchets ou pour en retirer des colis, elles auraient à supporter la charge de leurs décisions. La mise en pratique du principe de réversibilité s’appuie sur des outils tech- niques de conduite du projet et sur des outils de gouvernance. Par exemple, le développement incrémental de Cigéo laisse la possibilité d’intégrer des amé- liorations, la flexibilité de l’exploita- tion offre la possibilité aux générations futures de décaler ou d’accélérer les flux de colis reçus sur Cigéo, l’adapta- bilité des installations de Cigéo per- met des modifications du projet suite à des évolutions de ses hypothèses de dimensionnement initiales, ou encore, la récupérabilité offre aux générations futures la possibilité de retirer des colis du stockage pour changer leur mode de conditionnement ou leur mode de gestion. D’autres outils, contribuent à la gouvernance du projet : l’amélio- ration continue des connaissances, la transparence et la transmission des informations et des connais- sances, la participation de la société, l’évaluation et la supervision par le Parlement, et enfin le contrôle par l’Autorité de sûreté nucléaire. L’insertion de Cigéo dans son territoire L’Andra prépare d’ores et déjà l’arri- vée et l’implantation de Cigéo : l’amé- nagement des infrastructures (transport, eau, électricité, réseau numérique…), les emplois, l’accueil de nouvelles 64 REE N°3/2016 LE STOCKAGE DES DÉCHETS RADIOACTIFSDOSSIER populations, le développement éco- nomique et l’attractivité sont autant de sujets qu’elle anticipe avec les acteurs du territoire. En 2015, un service dédié à l’insertion territoriale du projet Cigéo a été créé au centre de l’Andra de Meuse/ Haute-Marne pour accompagner cette activité. Un contrat de développement du territoire qui fera suite au schéma inter- départemental de développement du territoire présenté au débat public de 2013 sera élaboré, sous le pilotage du préfet coordinateur. Il aura vocation à définir, en cohérence avec les politiques de développement des acteurs du terri- toire (que ce soit au niveau des dépar- tements, des intercommunalités, ou des communes), les grandes orientations d’aménagement, notamment, en vue d’accueillir Cigéo. L’Andra contribue à ce travail en four- nissant au territoire les données d’en- trée du projet à chacune de ses phases (aménagements préalables, construc- tion initiale, exploitation, fermeture défi- nitive/surveillance) pour préparer son accueil. Elle organise également des concertations avec les parties prenantes locales sur les sujets pour lesquels elle joue un rôle de pilotage : préparation des entreprises locales, adaptation de l’offre de formation, insertion environ- nementale de Cigéo, etc. Dans le cadre de cette approche collective, l’Andra souhaite étudier une demande de label du type « Grand chantier » comme cela a été fait notam- ment pour la construction de l’EPR de Flamanville (Manche). Les déchets HA et MA-VL Les déchets de haute activité (HA) et de moyenne activité à vie longue (MA-VL) proviennent principalement du secteur de l’industrie électronucléaire et des activités de recherche associées, ainsi que, dans une moindre part, des activités liées à la Défense nationale. Il s’agit des déchets les plus radioactifs et à durée de vie longue, qui sont pris en compte dans la conception de Cigéo. Les déchets HA présentent un niveau de radioactivité de plusieurs milliards à plusieurs dizaines de milliards de bec- querels par gramme et dégagent de la chaleur. Certains radionucléides qu’ils contiennent ont des périodes très lon- gues. On distingue les déchets « HA0 », modérément thermiques, des déchets dont la puissance thermique est plus importante, appelés « HA1 » et « HA2 » (figure 1). Ce sont essentiellement des déchets vitrifiés issus du traitement des combus- tibles usés. Les déchets MA-VL sont essentiel- lement constitués des éléments de structure des combustibles usés et des déchets liés au fonctionnement, à la maintenance et au démantèlement des installations nucléaires (figure 2). Cigéo est dimensionné pour accueil- lir de l’ordre de 10 000 m3 de déchets HA et 75 000 m3 de déchets MA-VL. Cet inventaire correspond à la produc- tion de déchets associés au parc nu- cléaire actuel, avec l’hypothèse d’une durée de vie de 50 ans des centrales nucléaires. Aujourd’hui, environ 60 % des dé- chets de moyenne activité à vie longue et 30 % des déchets de haute activité sont déjà produits. Dans l’attente de la mise en service de Cigéo, les colis de déchets HA et MA-VL déjà produits sont provisoirement entreposés. Si Cigéo est autorisé, ils seront transférés vers le centre de stockage au fur et à mesure de son exploitation. Certains déchets, notamment les déchets HA qui dégagent encore beaucoup de chaleur, devront tout de même rester entrepo- sés plusieurs dizaines d’années dans ces entrepôts pour permettre leur refroi- dissement avant de pouvoir être stockés définitivement. Le projet Cigéo : présentation et description Les différentes phases du projet Le projet Cigéo se développe selon les phases temporelles successives sui- vantes (figure 3) : La conception initiale (études d'esquisse, d'avant-projet sommaire puis détaillé et de projet) : phase Figure 1 : Illustration d’un colis de déchets vitrifiés HA. Figure 2 : Illustration d’un colis de déchets MA-VL REE N°3/2016 65 Le projet Cigéo pendant laquelle les ouvrages, bâti- ments et procédés de l’installation sont définis techniquement. C’est la phase actuelle du projet. Elle inclut le dépôt de la demande d’autorisation de création (DAC), visée en 2018. Pendant la phase de conception ini- tiale, des premiers travaux sur le site, notamment des diagnostics (archéol- ogie préventive, reconnaissance géo- technique, reconnaissance géologique et hydrogéologique, préparation aux travaux, installations supports hors site) peuvent être menés ; Puis, sous réserve de son autorisa- tion par décret : La construction initiale : phase pendant laquelle une première partie, ou première « tranche », de l’installa- tion est réalisée (elle pourrait débuter à l’horizon 2021). Elle porte principale- ment sur la construction des bâtiments de surface liés à l’exploitation de l’instal- lation nucléaire de surface, les liaisons surface-fond, ainsi que les ouvrages souterrains permettant de recevoir de premiers colis de déchets. Pendant la construction initiale (en fonction du planning des travaux), des études d’exécution des composants et des équipements sont menées jusqu’à leur réalisation effective (figure 4) ; La phase industrielle pilote : elle débute pendant la construction initiale et se poursuit au début de l’exploitation. Elle comporte des opérations de qualifi- cation en « inactif », notamment des es- sais sur les équipements installés, ainsi que des opérations en « actif », c’est-à- dire en présence de colis de déchets, après autorisation ; L’exploitation : phase d’une cen- taine d’années au cours de laquelle ont lieu simultanément des opérations de réception et de mise en stockage de co- lis de manière disjointe et des travaux d’extension de l’installation souterraine, par tranches successives. L’exploitation Figure 4: Schéma de l’enchaînement des travaux de construction et d’exploitation des tranches successives. Figure 3 : Schéma des principales phases temporelles de Cigéo. 66 REE N°3/2016 LE STOCKAGE DES DÉCHETS RADIOACTIFSDOSSIER démarre après l’autorisation de mise en service délivrée par l’ASN (la réception de premiers colis de déchets radioactifs utilisés pour des essais actifs pourrait in- tervenir à l’horizon 2030). L’exploitation comporte également, sous réserve d’autorisation, des travaux de ferme- ture partielle par obturation d’alvéoles et de zones de stockage. De plus, des travaux de construction, d’adaptation et de jouvence des bâtiments en surface sont engagés. Pendant l’exploitation de Cigéo, les études sont poursuivies pour améliorer sa conception, notamment pour l’optimisation des tranches succes- sives ; La fermeture définitive puis la phase de surveillance : A l’horizon 2150, sous réserve d’autorisation par une loi autorisant la fermeture définitive de Cigéo et la déconstruction des instal- lations de surface, le projet entrera dans une phase de surveillance. Les ouvrages souterrains auront tous été comblés par des remblais à base d’argile. Des scel- lements constitués d’argile gonflante (bentonite) et de massifs d'appui com- plètent le dispositif qui participe à la sûreté après fermeture du stockage. Les installations de Cigéo Les installations de Cigéo consti- tuent une seule et même Installation nucléaire de base (INB), qui comprend (figure 5) : en deux ensembles distincts : - la zone dite « descenderies » dédiée à la réception des colis primaires HA et MA-VL, à leur contrôle et à la pré- paration des conteneurs de stockage, d’une surface d’environ 280 ha ; - la zone dite « puits » dédiée aux acti- vités de support aux travaux souter- rains et qui accueillera également les verses (déblais issus du creusement), d’une surface d’environ 270 ha ; de liaisons surface/fond (descenderies et puits), des quartiers de stockage des colis et des zones de soutien logistique (ZSL) (figure 9). Les installations nucléaires de la zone descenderie (figure 7) regroupent l’ensemble des bâtiments de surface consacrés à l’accueil et au décharge- ment des emballages de colis primaires de déchets radioactifs, au condition- nement des colis primaires dans les conteneurs de stockage, aux contrôles associés et à la mise sous hotte avant transfert dans l’installation souterraine ; elles comportent également les moyens de soutien à l’exploitation de l’installa- tion (ateliers de maintenance, magasins, parcs de matériel, vestiaires…). La livraison des colis de déchets sur le centre de stockage est prévue dans des emballages de transport. Le centre comporte des installations d’accueil et de contrôle à réception des moyens de transport de ces emballages. Après déchargement des embal- lages dans des halls de réception, les colis primaires sont extraits des embal- lages de transport dans un bâtiment de déchargement. Les colis de déchets sont ensuite transférés dans le bâti- ment de conditionnement pour prépa- ration du colis de déchets au stockage ou mise en conteneur de stockage. Le Figure 5 : Schéma illustratif de l’installation Cigéo comprenant les installations de surface et souterraine. REE N°3/2016 67 Le projet Cigéo conditionnement en conteneur s’effec- tue en deux étapes : l’introduction des colis primaires dans le conteneur de stockage puis la fermeture par mise en place d’un couvercle pour constituer un colis de stockage. Une fois constitué, le colis de stoc- kage est placé dans une « hotte » et dirigé vers une descenderie pour être descendu dans l’installation souterraine en vue de son stockage. La tête de des- cenderie constitue un ouvrage central spécifique qui sera utilisé pendant toute l’exploitation de Cigéo. Les bâtiments qui abritent ces opéra- tions sont des ouvrages en béton armé de type monobloc semi-enterré. Des contrôles sont réalisés tout au long des opérations. Le développement progressif de Cigéo conduit à un déploiement en deux phases des ouvrages de déchargement, de conditionnement et de contrôles de la zone descenderie : Une première installation nucléaire (EP1 sur la figure 6) dédiée aux colis MA-VL et aux premiers colis HA0 récep- tionnés, exploitée sur le centre de 2029 à 2100 ; Une seconde installation nucléaire (EP2 sur la figure 6), dédiée aux colis HA1/HA2 et construite dans un second temps, exploitée de 2079 à 2145. Les installations de surface de la zone puits (figure 7) comprennent essentiellement les moyens et bâti- ments liés, d’une part à l’exploitation nucléaire souterraine, d’autre part aux travaux de construction et d’extension des ouvrages souterrains. Outre les ouvrages abritant la machinerie néces- saire aux moyens de manutention et de transfert par un puits dédié, cette zone contient les ouvrages dédiés à l’accueil et au transfert du personnel d’exploitation vers le fond, ainsi que des unités de ventilation dédiées res- pectivement à l’apport et à l’extraction d’air. Au nord, une zone est réservée au stockage des verses (déblais issus du creusement). L’installation souterraine L’installation souterraine est cons- truite progressivement tout au long de l’exploitation du stockage sur une durée séculaire. Après une première phase de construction et d’exploitation (d’une durée d’environ 15 ans), plu- sieurs phases de réalisations se succè- deront. La conception prend en compte la progressivité du développement et se concentre tout d’abord sur la première tranche tout en vérifiant la compatibilité avec les développements des tranches ultérieures, qui seront affinées progres- sivement. L’architecture de l’installation souterraine L’installation souterraine est compo- sée de trois grands blocs fonctionnels (figure 8) : - vaux (ZSL-T) située à l’aplomb des puits travaux ; - ploitation (ZSL-E) située à l’aplomb des puits d’exploitation ; sont situés les quartiers de stockage Figure 6 : Schéma des périmètres géographiques des emplacements des bâtiments de la zone descenderie. Figure 7 : Schéma des périmètres géographiques de la zone puits de Cigéo. 68 REE N°3/2016 LE STOCKAGE DES DÉCHETS RADIOACTIFSDOSSIER des déchets MA-VL et les quartiers de stockage des déchets HA0 et HA1/ HA2. La première phase de construction et d’exploitation correspond à la réalisa- tion des descenderies et des puits, de la zone de soutien logistique et des pre- mières alvéoles de stockage de la zone MA-VL et de la zone HA0. L’architecture souterraine est organi- sée de manière à assurer la séparation (à la fois physique et en termes de flux) des activités d’exploitation nucléaire et des autres activités, notamment des travaux d’extension des zones de stoc- kage (figure 9). Elle répond également aux exigences de sûreté après ferme- ture en séparant les déchets MA-VL, HA0 et HA1/HA2 dans des quartiers distincts. L’installation souterraine est im- plantée dans la couche d’argilites du Callovo-Oxfordien. Elle est organisée pour respecter une épaisseur d’argilites saines située, verticalement et horizon- talement, de part et d’autre des alvéoles de stockage, sur laquelle reposeront les performances de confinement et de sûreté à long terme. Les descenderies Les descenderies sont deux tunnels inclinés, construits au tunnelier depuis la surface jusqu’aux installations sou- terraines. Elles sont reliées en tête au bâtiment dit « tête de descenderie » et en pied à la zone de soutien logistique « exploitation » : - miner les colis de stockage vers l’ins- tallation souterraine via un système de transfert incliné (un funiculaire) qui permet de descendre et, le cas échéant, de remonter des colis de stockage ; maintenance et aux opérations d’éva- cuation et de secours et, à compter de l’autorisation de fermer le stoc- kage, à l’acheminement de matériaux pour la réalisation des ouvrages de fermeture. Figure 8 : Installation souterraine de Cigéo à terminaison (conception au stade de l’avant-projet sommaire). Figure 9 : Illustration des différentes zones et liaisons surface-fond. REE N°3/2016 69 Le projet Cigéo Les puits Cinq puits sont prévus pour permettre de relier les installations de surface de la zone puits à l’installation souterraine (figure 10). L’architecture du quartier MA-VL Le quartier MA-VL est organisé autour d’une ossature composée de galeries de liaison et de galeries de retour d’air. C’est à partir de cette ossature que les alvéoles MA-VL seront progressivement construites : galerie d’accès, cellule de manutention et conduit d’air. Elle sera achevée, au moins partiellement, avant la construction et l’exploitation des pre- mières alvéoles du quartier. Le quartier MA-VL se déploie en “chassant”, c’est-à-dire que les alvéoles sont construites puis exploitées en s’éloignant progressivement de la zone de soutien logistique « exploitation » (figure 11). Compte tenu du développement progressif de l’installation souterraine, la zone MA-VL se déploie sur une durée d’environ 60 ans. La représentation en plan du quartier à terminaison est donc susceptible d’évoluer, avec d’éventuelles évolutions et optimisations. Les alvéoles MA-VL La zone de stockage des colis MA- VL se décompose en trois parties (figure 12) : - accostée ; Figure 10 : Les puits dans les zones de soutien logistique. Figure 11 : Zone MA-VL à terminaison (vue APS). 70 REE N°3/2016 LE STOCKAGE DES DÉCHETS RADIOACTIFSDOSSIER - lis sont déchargés de la hotte et mis en position pour leur prise en charge par le pont stockeur (ou chariot stoc- keur) ; L’architecture HA Les quartiers des déchets HA1/2 les plus exothermiques seront regroupés dans une même zone, au Nord. La zone HA0 moyennement exothermique est composée d’un quartier de stockage plus au Sud (figure 13). Les quartiers comprennent des galeries d’accès et des alvéoles de stockage de colis de déchets HA. Les quartiers sont composés de modules dont le dimensionnement (charge thermique et espacement des al- véoles HA de stockage) est adapté à chaque famille de colis HA. Pour assurer la sûreté passive du stockage après fermeture à l’échelle du quartier, un dimensionnement thermo-hydro- mécanique est réalisé en prenant en compte la décroissance thermique induite par les différents types de dé- chets HA, fonction de la durée d’entre- posage préalable et de la diffusion de la chaleur dans les argilites. Les alvéoles HA La conception de l’alvéole actuelle retient un chemisage métallique avec un colis primaire dans un conteneur de stoc- Figure 12 : Alvéole de stockage MA-VL. Figure 13 : Quartiers HA moyennement exothermiques et exothermiques. REE N°3/2016 71 Le projet Cigéo kage métallique. Les alvéoles reçoivent des colis de stockage et (éventuellement des intercalaires pour limiter la puis- sance thermique au sein de l’alvéole). Le chemisage a une épaisseur d’envi- ron 25 mm et un diamètre de l’ordre de 700 mm. L’alvéole est composée d’une tête d’alvéole et d’une partie utile au stockage. La tête d’alvéole est consti- tuée pendant l’exploitation d’une bride et d’un bouchon de radioprotection, dans l’attente de la fermeture définitive de l’alvéole. L’espace annulaire entre le chemisage et l’argilite est rempli par un matériau imposant des conditions d’envi- ronnement limitant la corrosion (coulis à base de ciment) (figure 14). Les prochaines étapes Le projet Cigéo est actuellement dans une phase de conception appe- lée études d’avant-projet détaillé (APD). L’APD fait suite à l’avant-projet sommaire (APS) qui s’est terminé en début d’an- née 2016 et a débouché sur la remise à l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) de dossiers techniques. Aujourd’hui l’objectif de l’APD est de détailler encore davantage le projet (les installations, les équipements, les matériaux, les tech- niques…) pour aboutir au dépôt d’une demande d’autorisation de création en 2018 et permettre la préparation des marchés de réalisation. Après instruction de la demande d’autorisation, si Cigéo est autorisé, les travaux de construction pourraient commencer à l’horizon 2021. Figure 14 : Coupe d’un alvéole HA1/HA2 : ici en fin de chargement (au stade final de l'avant-projet sommaire). L'AUTEUR Jean-Marie Krieguer est adjoint au directeur du projet Cigéo. Après un début de carrière comme exploi- tant dans des mines d’uranium, il a rejoint l’Andra dans le cadre des études du stockage géologique, en participant notamment à la concep- tion et à la mise en œuvre de pro- grammes d’acquisition de données scientifiques et techniques dans le Laboratoire souterrain de l’Andra en Meuse / Haute-Marne.