A propos de l'anglais à l'Université

12/03/2014
Auteurs : Bernard Ayrault
Publication REE REE 2014-1
OAI : oai:www.see.asso.fr:1301:2014-1:10139
DOI : http://dx.doi.org/10.23723/1301:2014-1/10139You do not have permission to access embedded form.

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A propos de l'anglais à l'Université

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100 ◗ REE N°1/2014 libres PROPOS Bernard Ayrault Ancien directeur de Télécom Bretagne Ancien membre de la CTI Chroniqueur à REE E st-ce une de ces querelles franco-française qu'a provoquée, une nouvelle fois, la ques- tion des cours en anglais dans l'enseigne- ment supérieur ? A nouveau, des Anciens et des Modernes se sont affrontés comme ils le font chaque fois qu'est évoquée cette question, dont on peut penser qu’elle n’est pourtant pas vraiment décisive pour l'avenir de la République ! Le temps n'est plus où notre langue était dans toute l'Europe celle de la diplomatie et de la culture. On peut le regretter mais depuis Colbert, la Marine a bien chan- gé. Il revient aussi en mémoire à l'auteur de ces lignes, dont les souvenirs sont beaucoup plus récents, qu'il a naguère failli perdre son Directeur, celui de Télécom Paris (actuellement Télécom Paris- Tech) où il travaillait alors ; l'anecdote vaut d'être comptée, tant elle illustre la crispation de certains et les évolutions indiscutables enregistrées depuis. L’affaire se passe il y a une bonne ving- taine d'années ; un soir, les téléspectateurs assoupis devant l'édition de la nuit du journal voient apparaître un illustre inconnu, au titre important de Haut-Commissaire à la défense de la langue française : il brandit en s'indignant une affiche, rédigée en anglais, mais qui n'est autre que la traduction conforme d'une promotion en faveur des mastères de Télécom Paris, dont ce sont alors, comme dans les grandes écoles, les timides débuts. On sait que la formule a depuis fait lar- gement son chemin et que l'audience internationale des universités et écoles françaises s'est largement dévelop- pée, grâce en particulier à ces formations spécialisées. Ce qui n'aurait pu être qu'un épiphénomène télévisuel eut quelques suites : dès le lendemain matin, le directeur de l’Ecole est sommé de fournir, avec quelques exem- plaires de l'affiche si noblement présentée à la vindicte des téléspectateurs, quelques explications. Puis au fil des jours, l’affaire enfle ; le directeur général des télécommu- nications, qui n'avait pas attaché trop d'importance à l'in- cident, doit à son tour fournir moult précisions et justifica- tions au ministre, dont le cabinet se fait exigeant, puis me- naçant. Le calme revient, heureusement, au bout d'une semaine : le stock des affiches était épuisé à force d'avoir satisfait la curiosité des diverses autorités, quelques sièges avaient chancelé, mais seul avait vraiment trébuché celui du responsable des mastères. 25 ans plus tard, l’affaire fait sourire et depuis déjà belle lurette Monsieur Toubon, auteur de la célèbre loi de défense du Français n'est plus député-maire du 13e arrondissement, celui précisément de Télécom Paris ! La fameuse loi Toubon (loi n° 94-665 du 4 août 1994 relative à l’emploi de la langue française) aura bientôt 20 ans ; s’appuyant sur une disposition de la Constitution, suivant laquelle « La langue de la République est le fran- çais », elle visait trois objectifs principaux : • l’enrichissement de la langue ;  • l’obligation d’utiliser la langue française ;  • la défense du français en tant que langue de la Répu- blique. C’est au titre de ce deuxième objectif qu’elle s’est largement, et sans doute excessivement, appliquée à assurer l’usage de termes francophones traditionnels face aux angli- cismes et à imposer l’exclusivité du français en France, du moins dans l’espace public. Dans l’enseignement supérieur, elle a immédiatement déclenché de vives polé- miques et protestations, en particulier du côté des scientifiques. Quand il y a quelques mois, Madame Fioraso, mi- nistre de l’enseignement supérieur et de la recherche, a reconnu la possibilité d’enseignements en anglais (à l’occasion de la loi dite ESR), ce sont plutôt des littéraires éminents, et très souvent bilingues !, qui tels Claude Hagege ont protesté contre cette forme de renonce- ment face à l’impérialisme culturel de l’anglais ; c’est déjà en soi le signe d’une forte évolution en un quart de siècle ! Il nous paraît raisonnable, surtout en fonction des responsabilités exercées à la direction de Télécom Bre- tagne (une école qui s’est voulue ab initio très ouverte aux étudiants étrangers comme à l’apprentissage des langues étrangères par les étudiants français) de formu- ler quelques remarques que nous croyons importantes et qui concernent d’abord les étudiants français, ensuite les étudiants étrangers en France : 1°. Tout d’abord il n’est pas raisonnable de parler glo- balement de l’ensemble de l’enseignement et de la A propos de l'anglais à l'Université REE N°1/2014 ◗ 101 libres PROPOS recherche. L’enseignement supérieur comporte des champs disciplinaires très variés et comporte trois cycles successifs – au total une dizaine d’années d’études ! – pour lesquels les objectifs ne sauraient être uniformes. Comment confondre dans une même loi, une même directive, ou une même protestation, un étudiant en première année d’IUT, en thèse scientifique ou en LEA (Langues Etrangères Appliquées) ? On ne voit pas en effet de raison à ce que le premier se voie imposer juste après le bac (pour lequel l’anglais n’est pas obligatoire !) des cours en anglais alors que les deux autres ont un intérêt (pré)professionnel à se féliciter d’en fréquenter ! 2°. Il importe de distinguer la connaissance de l’anglais comme langue de « circulation internationale » de sa maîtrise comme langue de « culture internationale », ou, dit plus prosaïquement, les exigences et objectifs ne sauraient être identiques pour un futur professeur de langues, un diplomate ou un technicien informatique ! L’anglais est une langue de travail, banale et souvent mal parlée. Il y a longtemps que la Commission des titres d’ingénieurs (CTI) exige, avec succès, que tout diplômé ait un niveau minimum… ce qui n’interdit pas le bilin- guisme à ceux qui sont allés passer l’année terminale de leur cursus dans une université anglophone ! 3°. Pour ceux, très majoritaires, qui l’ont étudié, la connaissance de l’anglais n’est pas satisfaisante à la sortie de l’enseignement secondaire ; ce constat (qui, soit dit en passant, s’applique aussi souvent à la maîtrise orale ou écrite du français !) a un corollaire immédiat : c’est à l’enseignement supérieur d’en prendre acte et d’agir en conséquence en fonction des objectifs qu’il s’assigne, notamment au regard de l’insertion profes- sionnelle des étudiants. Ceux qui s’engagent dans des études conduisant à des secteurs où l’anglais est indispensable, devraient en commencer l’étude au plus vite. Nous sommes partisan de rendre l’anglais obligatoire dans toutes les classes préparatoires aux écoles d’ingénieurs ou de commerce et, pour que cette obligation soit effective, d’instituer aux plus vite une double épreuve de langues dans les concours, l’une au niveau actuel, l’autre à un niveau « débutant » ; aux spécialistes d’en déterminer les modalités : il semble qu’un simple oral dans cette seconde langue irait bien, pour les études à venir, dans le sens souhaité par le Code de l’Education dont l’article 121-3 précise que « la maîtrise de la langue française et de deux autres, langues font partie des objectifs fonda- mentaux de l’enseignement ». 4°. La question de l’anglais ne doit pas occulter d’autres problèmes qui concernent actuellement beaucoup de néo-bacheliers, français ou issus de pays traditionnel- lement francophones et poursuivant des études supé- rieures dans le système français : • la maîtrise du français est souvent médiocre et dans bien des cas il serait important de développer l’expres- sion tant orale qu’écrite, ne serait-ce qu’au titre de la communication qui est un objectif essentiel mais trop souvent négligé, parce que jugé implicitement atteint ; • l’apprentissage à un bon niveau de deux langues vi- vantes, à l’heure de l’Europe et de la mondialisation, est un objectif incontournable : l’insistance mise sur la seconde langue contribuera sans doute à apaiser ceux qui craignent, à tort ou à raison, la dilution de notre culture devant l’impérialisme de l’anglais… 5°. De façon plus insidieuse, la cécité devant ces ques- tions de langues vivantes et les objectifs souvent impli- cites qu’elles soulèvent, est aussi un manque de respon- sabilité, voire de courage, devant un autre enjeu essen- tiel de l’enseignement supérieur, celui d’améliorer, avec ses « performances », l’insertion non discriminatoire de ses diplômés. Or il est bien connu que la maîtrise à bon niveau des outils de la réussite professionnelle est essentielle ; à côté d’autres impératifs, également importants tels que la communication, l’informatique comme outil, le rapport aux règles du droit, la connais- sance de l’entreprise et/ou des réalités économiques et sociales…, la capacité de comprendre et de se faire comprendre en anglais est devenu une nécessité. Il y a fort à faire pour progresser dans ce sens, dans l’enseignement secondaire, puis dans le supérieur ; quand on aura atteint dans cette direction le niveau sou- haité, plus personne ne s’offusquera qu’un universitaire anglophone soit invité à faire des cours dans la langue qu’il maîtrise le mieux ! Mais de grâce, n’invoquons pas, avant le niveau du master, la sensibilisation à la recherche, traditionnel argument pour réclamer le droit de faire des cours en anglais ; mettons-nous dans la situation effec- tive de pouvoir faire profiter les étudiants, de toutes les compétences locales, permanentes ou occasionnelles ! *** 102 ◗ REE N°1/2014 libres PROPOS La responsabilité, duale, de l’enseignement supérieur vis-à-vis des étudiants étrangers comme des collègues universitaires accueillis dans les universités et établisse- ments français est également importante et souvent, hélas, assumée de façon médiocre ou incomplète : 1°. Il est heureux que la pratique des échanges concerne un nombre croissant de collègues ensei- gnants-chercheurs. Dans un petit livre passionnant sur son métier (cf. la rubrique « Vient de paraître »), Sébastien Balibar rappelle à la fois la nécessité des séjours postdoctoraux et la richesse qu’ils présentent : par leur nature même ils sont à l’opposé de la loi Toubon et ils donnent l’occasion de se perfectionner en anglais pour ceux qui partent… et en français pour ceux qu’accueillent plusieurs mois durant nos meilleurs laboratoires ! 2°. La France est l’un des pays accueillant le plus d’étu- diants étrangers ; même si son rang en terme de flux est passé du 4e au 5e rang mondial, elle reçoit plus de 230 000 étudiants étrangers, c’est-à-dire que plus de 10 % des effectifs globaux de notre enseignement supérieur sont concernés par nos pratiques. Cette posi- tion de notre pays a longtemps relevé de son héritage colonial, les étudiants accueillis venant essentiellement de l’Afrique francophone, dont ils formaient ensuite les élites politiques… Les impératifs géostratégiques ont évolué et continuent d’évoluer forte- ment : • d’une part il est bien vrai que l’avenir de la francophonie est lié au dévelop- pement, notamment démographique du continent africain, le seul à n’avoir pas complètement stabilisé son taux de natalité tout en pouvant encore accroître largement l’espérance de vie. Comme mentionné plus haut, les étudiants venant d’Afrique sont souvent d’un niveau médiocre en français, ce qui n’est guère étonnant quand on sait que, par exemple, dans les pays maghrébins l’enseignement secondaire a été très largement massifié et islamisé ; • d’autre part la compétition économique mondiale im- pose à notre système universitaire de rester ou de (re) devenir attractif pour des pays émergents importants, tels que la Chine (c’est bien parti, même si allemands et anglais font mieux que nous), l’Inde (où nous pei- nons toujours, sans doute d’ailleurs à cause de l’an- glais), le Brésil et la Russie. 3°. Le français comme langue étrangère (le FLE) reste le parent pauvre, trop souvent ignoré de nos politiques d’ouverture aux étudiants étrangers. Certes il nécessite des moyens, en postes budgétaires notamment, mais l’effort à consentir pour les étudiants étrangers (souvent 30 % ou plus des effectifs dans les grandes écoles) ne devrait-il pas être du même ordre que l’effort consenti pour les étudiants français afin d’améliorer leurs perfor- mances en anglais ? Ces efforts doivent prendre place dans un contexte où les institutions françaises se soucieront plus largement et plus globalement des conditions d’accueil des étudiants étrangers ; on se souvient des cas extrêmes, largement relayés par la presse, où la délivrance des diplômes fran- çais étaient plus liés au paiement des droits de scolarité qu’à des contrôles de connaissances rigoureux… L’ensemble des souhaits formulés dans ces « libres propos » rejoint d’autres prises de position, qu’on peut qualifier de réa- listes, telle celle de l’Académie des technologies ; celle-ci, au terme d’une analyse argumentée, a formulé le 15 mai dernier un avis très favorable à l’usage de la langue anglaise dans l’enseignement supérieur, souhaitant également que ces pratiques soient étendues à la formation continue. Ces souhaits rejoignent aussi im- plicitement quelques-unes des consi- dérations développées par Claude Maury dans son analyse de la motiva- tion et de l’orientation. ■ Bernard Ayrault est ancien élève l’Ecole Polylecthnique et doc- teur ès sciences physiques. Toute sa carrière s’est déroulée dans la mouvance de l’opérateur histo- rique (DGT, France Télécom puis Orange), au sein duquel il a exercé diverses responsabilités en matière de formation, d’enseignement supérieur et de recherche. Il a été membre de la commission des titres d’ingénieurs (CTI) et a dirigé Télécom Bretagne. Retraité, il est devenu chroniqueur à REE.